Magazine Savoir FCSSQ

Financement du système d'éducation

À l’école de la relance

Sébastien Lecompte-Ducharme, Ph. D., agent de recherche
à la FCSSQ

La COVID-19 a bousculé bien des habitudes et des traditions, mais les consultations prébudgétaires demeurent plus essentielles que jamais. En effet, les impacts de la pandémie sur le réseau scolaire ont été multiples et les aspects financiers ne sont pas en reste.

Dans son avis du 15 février 2021, trois demandes ont été formulées par la Fédération des centres de services scolaires du Québec (FCSSQ) : poursuivre les engagements et investissements annoncés avant la pandémie dans le réseau scolaire, consacrer le secteur de l’éducation comme un des piliers de la relance et assurer le financement des dépenses liées à la COVID-19. Caroline Dupré, présidente-directrice générale de la FCSSQ, explique :

Le réseau public de l’éducation doit faire partie intégrante de la stratégie post-pandémie. Implantés dans chacune des régions du Québec, les centres de services scolaires offrent, en plus de la mission d’enseignement général des jeunes, des services de formation professionnelle, de formation aux adultes et de formation continue s’inscrivant dans une stratégie de relance économique. Maintenir les investissements en éducation, c’est maintenir 14 G$ injectés chaque année dans l’économie du Québec et de toutes les régions. En plus de faire des achats importants, les centres de services scolaires sont souvent parmi les plus importants employeurs de leur territoire.

Rappelons que le gouvernement avait annoncé des investissements de 2,4 G$ sur 5 ans en 2019-2020 et de 1,5 G$ sur 4 ans en 2020-2021. Cela devait assurer la mise en place de projets majeurs pour le Québec : favoriser la réussite et la persévérance scolaires, offrir plus d’activités parascolaires au secondaire, ainsi que financer des classes spécialisées et la maternelle 4 ans. En raison des impacts scolaires à long terme de la pandémie chez les élèves, la FCSSQ estime qu’il est essentiel de ne pas sacrifier le financement du réseau scolaire sur l’autel d’un équilibre budgétaire à court terme.

Le coût de la COVID-19

Une enquête de la Fédération estime à 254 M$ les impacts de la COVID sur le budget des CSS pour les seuls mois de mars à juin 2020. La création d’un fonds consacré au financement des mesures liées au coronavirus aurait assuré une comptabilité précise et une meilleure prévisibilité des dépenses. D’ailleurs, bon nombre de CSS ont enregistré un déficit en 2019-2020. 

Alors qu’une solution globale doit être envisagée, il reste toujours 347 M$ de fonds fédéraux dédiés à pallier les effets de la pandémie sur le réseau scolaire québécois, lesquels pourraient être versés à un fonds COVID-19. Plus encore, il convient de réfléchir aux moyens financiers à prendre pour remédier aux impacts de longue durée de la COVID-19. À ce titre, un financement adéquat des nouvelles règles et lois devrait être octroyé.

La main-d’œuvre

Au moment d’écrire ces lignes, les négociations de la nouvelle convention collective sont toujours en cours. La FCSSQ souhaite que des moyens financiers conséquents permettent de subventionner les mesures de valorisation de l’enseignement qui seront adoptées, ainsi que celles facilitant le recrutement et la rétention de la main-d’œuvre. Plus encore, un plan d’action devrait être mis en place afin de résorber la pénurie de main-d’œuvre qui affecte le réseau scolaire et la réussite des élèves. Soulignons que l’annonce récente de la prolongation de l’implantation des maternelles 4 ans suit les recommandations de la Fédération formulées en 2019.

Pour des écoles en santé

Le plan gouvernemental de relance économique mise sur les infrastructures. Or, l’école a des besoins criants et le plan de rattrapage s’avère insuffisant. Un rapport du Conseil du trésor mentionne que le financement alloué sur trois ans fera passer le taux de bâtiments scolaires en bon état de 46 % à 50 %. La FCSSQ suggère de suivre la recommandation du Vérificateur général : dédier une enveloppe budgétaire financée à la hauteur de 1 % de la valeur de remplacement des bâtiments et de l’augmenter graduellement à 2 %, à l’instar du réseau de la santé. En outre, il conviendrait d’élargir la portée du projet de loi 66 au réseau scolaire et de prévoir des allégements administratifs afin d’accélérer les mises en chantier. 

Alors que le gouvernement entend électrifier le transport scolaire, la cible prévue (65 % d’ici 2030) est trop ambitieuse pour la capacité d’achat et de fabrication des équipements. Une aide accrue à la location et le recours au Plan québécois des infrastructures (PQI), à l’instar des autobus urbains, seraient des solutions envisageables. Enfin, le Centre d’acquisitions gouvernementales (CAG) peut avoir des effets nocifs à l’extérieur de Montréal et Québec. En raison du poids économique des CSS, il serait judicieux de prévoir des dispositions afin de maintenir, voire de créer des emplois en région.

Le réseau scolaire doit faire partie de la relance.
En maintenant la cadence des investissements, le gouvernement peut faire d’une pierre, deux coups : soutenir l’école québécoise et favoriser la santé  économique, garantissant ainsi la santé de la société québécoise à court et à long terme.

 

Le numérique à l’école

Déjà bien ancré dans nos vies, le numérique s’est imposé, parfois de façon envahissante, avec la pandémie. S’il convient de rattraper le retard accumulé dans le déploiement et la mise en œuvre du plan d’action numérique, il est nécessaire d’en élaborer un nouveau.

L’expérience des derniers mois a mis en lumière des problèmes majeurs et a suscité de nouveaux besoins. Alors que le télétravail et l’enseignement à distance se sont organisés très rapidement, il faudrait saisir l’occasion de réfléchir à la pérennisation ponctuelle de certaines mesures pour certains types d’élèves, notamment pour les formations destinées aux adultes. Rappelons que la Loi sur l’instruction publique ne permet pas l’enseignement à distance, à l’exception de projets pilotes.

Des formations pour la société de demain

L’enjeu de la rareté de la main-d’œuvre a cédé le pas, du moins temporairement, au chômage pandémique. Selon la FCSSQ, la formation professionnelle et la formation des adultes peuvent faire partie de la solution, pourvu que les moyens leur soient accordés afin d’attirer les élèves et de répondre aux besoins de la société. À plus long terme, un danger de déficit d’expertise de la main-d’œuvre guette le Québec. Les modalités de financement de ces deux types de formation gagneraient à être revues, ainsi que les mesures d’accès (reconnaissance de la pleine valeur du DEP, régime de prêts et bourse aux élèves de la formation générale des adultes, accès plus rapide aux programmes conduisant aux Attestations d’études professionnelles).