Magazine Savoir FCSSQ

Entrevues

SPÉCIAL - santé mentale

La communication est essentielle pour la santé mentale

Bruno-Pierre Cyr, conseiller en communications à la FCSSQ

Le magazine Savoir s’est entretenu avec le président de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec (OOAQ), M. Paul-André Gallant. Nous avons abordé avec lui le contenu du mémoire déposé récemment par l’organisation au sujet du plan d’action gouvernemental en santé mentale, actuellement en préparation. Il a également été question de l’impact de la pandémie sur les troubles de communication et de santé mentale.

Le ministre délégué à la Santé, M. Lionel Carmant, prépare le Plan d’action interministériel en santé mentale 2021-2026. Plusieurs partenaires et organismes sont consultés, dont l’OOAQ, qui a déposé un mémoire sur les impacts de la pandémie sur la santé mentale. 

« Notre cheval de bataille, c’est de mettre l’audition et le langage au cœur des services liés à la santé mentale. Ce sont des choses que nous tenons pour acquises, alors que la communication est le fondement de notre connexion avec le monde. Si on a des difficultés à comprendre, à s’exprimer, il y a nécessairement une barrière qui s’installe. Si on ne tient pas compte de cela comme un fondement de notre vie sociale, on passe à côté de quelque chose d’essentiel pour la santé mentale », a indiqué M. Gallant. 

Il ajoute : « un besoin qui n’est pas détecté, un problème de communication par exemple, va affecter l’expérience de vie et les relations interpersonnelles d’une personne. Ces expériences de vie sont un peu la soupape de la santé mentale. On le voit en temps de pandémie, c’est difficile pour tout le monde. Les gens vivant avec des problèmes de communication ou d’audition, c’est leur quotidien ». 

Un handicap invisible

Des études montrent que de nombreux problèmes de communication affectent la santé mentale : anxiété, dépression, isolement. Pensons aux résidents des CHSLD. 

Dans son mémoire, l’OOAQ mentionne que certaines difficultés de communication sont également des critères diagnostiques en santé mentale : déficit de l’attention, trouble du spectre de l’autisme, schizophrénie, démence, anxiété, mutisme sélectif, etc. Sans compter, ajoute l’Ordre « que les troubles de santé mentale peuvent aussi avoir un impact sur la capacité d’une personne à communiquer avec les autres ».

M. Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec (OOAQ)

M. Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec (OOAQ)

« On le tient pour acquis, c’est un handicap invisible, ajoute M. Gallant. C’est ça qui est le plus inquiétant. Une personne qui ne comprend pas ou qui n’entend pas ne le dira pas. Dans les écoles, par exemple avec les élèves ayant des troubles de comportement, on sait maintenant que beaucoup de ces troubles sont causés par de la frustration de ne pas exprimer correctement ses besoins. » 

Le mémoire de l’OOAQ rappelle le rôle central de la communication en santé mentale. La personne doit être en mesure de bien exprimer ce qu’elle ressent. Plus encore, elle doit pouvoir comprendre et mémoriser ce qui lui est dit. Ainsi, un trouble de la communication qui n’est pas reconnu peut nuire aux soins psychologiques ou psychiatriques.

Des liens entre troubles d’apprentissage et troubles du langage

« On sait aujourd’hui, explique le président de l’OOAQ, qu’à peu près 80 % des enfants qui ont des troubles d’apprentissage diagnostiqués sont des enfants qui ont des troubles de langage. L’origine du trouble d’apprentissage est un trouble langagier. Le langage, il faut se rappeler que c’est le mode d’apprentissage. De quelle façon le professeur enseigne à son élève, c’est en lui donnant des explications, en lui enseignant par le langage ».

L’enjeu est double. Les troubles du langage compromettent l’acquisition d’habiletés fondamentales en écriture et en compréhension de lecture. Puisque le contenu n’est pas bien traité par le cerveau, des problèmes d’apprentissage surviennent dans les autres matières. 

Le problème affecte une autre sphère importante de l’éducation, estime M. Gallant. L’école est un lieu clé dans la socialisation des jeunes. Cependant, les enfants qui ont un problème du langage souffrent d’une vie sociale moins enrichissante.

Impact des mesures sanitaires sur la communication des enfants

L’OOAQ comprend la raison d’être des mesures et ne remet pas en cause l’urgence sanitaire. Néanmoins, l’Ordre tient à rappeler les effets négatifs de certaines règles. « On a mené une bataille pour rappeler au gouvernement, aux instances publiques et à la population que ces mesures ont un impact sur la communication. On n’a qu’à penser au masque, même si on n’a pas de problème de communication, on le vit tous. La distanciation et le confinement tiennent à distance les gens. Il reste que pour des enfants, la socialisation en direct, les câlins de grands-parents, par exemple, sont des facteurs de protection pour plein de problèmes de santé mentale. Pour les adolescents, être avec leurs amis est aussi un facteur de protection ». 

Selon M. Gallant, il faut trouver un équilibre entre les mesures sanitaires nécessaires au contrôle de la pandémie et une plus grande conscience des contrecoups. Pour ce faire, l’OOAQ recommande d’identifier les répercussions de la pandémie sur les enfants, les jeunes et toutes les clientèles vulnérables à l’aide d’études scientifiques. Mais surtout, il considère la situation actuelle comme « une opportunité sans précédent de repenser les services dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines, d’innover et de reconnaitre que la communication et les interactions sociales sont au centre des soins et services, et ce peu importe l’âge ».