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Savoir hiver 2019 - Dossier : démocratie

Conférence de consensus sur la mixité sociale et scolaire

Un processus innovant pour des recommandations au bénéfice de toutes et de tous !

Claudia Ruel,
Conseillère aux communications et aux projets, CTREQ

Les 9 et 10 octobre dernier, près de 500 personnes ont assisté en présence ou en webdiffusion à la toute première Conférence de consensus en éducation au Québec. Organisé avec le soutien de la Fondation Lucie et André Chagnon et en collaboration avec le Conseil supérieur de  l’éducation, ce moment d’échange entre les acteurs de la recherche et ceux du terrain aura permis d’approfondir la réflexion sur un enjeu qui touche l’ensemble du Québec : la mixité sociale et scolaire.

La diversité des élèves au coeur du système scolaire québécois

La diversité des élèves fait partie du quotidien des établissements d’enseignement. De nombreuses caractéristiques socioéconomiques, ethnoculturelles, de genre et de capacités font de chaque enfant ou de chaque adolescent un élève unique avec des besoins particuliers.

Depuis quelques années, le système scolaire québécois est de plus en plus ségrégé. Nous nous retrouvons au coeur d’une situation complexe où les retombées positives et négatives s’entrechoquent et où l’on crée des contextes scolaires inégaux, les uns au détriment des autres. D’un côté, nous retrouvons des élèves motivés par le développement de leurs champs d’intérêt, des parents satisfaits, des enseignants passionnés et des écoles de plus en plus dynamiques. De l’autre côté, nous retrouvons des élèves exclus, des classes ordinaires où les élèves en difficulté sont surreprésentés, des enseignants avec des charges de travail lourdes et inégales et des écoles en compétition pour les meilleurs élèves. Comment réagir vis-à-vis de cet important contraste ?

Selon les organisateurs de la Conférence, un moment de réflexion était nécessaire. Les acteurs du milieu devaient prendre un temps pour se mobiliser et pour réfléchir à cet enjeu. Bien sûr, les réflexions sur la mixité sociale et scolaire ne sont pas nouvelles au Québec. Par contre, la Conférence de consensus, grâce à sa formule unique, permettait d’innover dans la méthode et de pousser plus loin cette réflexion.

La conférence de consensus, stimuler le dialogue au bénéfice de toutes et de tous !

Colloques, congrès, symposiums, les rendez-vous sont nombreux en éducation. Toutefois, une conférence de consensus se distingue par la création d’un dialogue riche et direct entre des acteurs du terrain et des chercheurs ainsi que par la richesse de son processus. Une conférence de consensus ne se limite pas à une séance publique. Il s’agit d’un processus de recherche d’information, d’analyse, de discussion, de réflexion et de partage dont l’objectif est de formuler des recommandations pérennes et applicables.

Les premières étapes du processus

Lorsque le projet de tenir la Conférence de consensus sur la mixité sociale et scolaire est né, l’une des premières étapes à réaliser était de recueillir les questions des acteurs de l’éducation par rapport au thème ciblé. Les questions reçues furent nombreuses et ont permis de mieux circonscrire le contenu qui serait abordé lors de la Conférence. En effet, ces questions ont servi de base aux 13 experts-chercheurs approchés qui ont accepté de préparer un texte et d’en faire la présentation faisant l’état des connaissances de la recherche en éducation et traitant de l’une des quatre sous-thématiques suivantes : la mixité socioéconomique, la mixité ethnoculturelle, la mixité des genres et la mixité des capacités scolaires. Cette étape était primordiale afin de s’assurer que l’événement réponde aux réelles questions et préoccupations des
acteurs consultés.

L’une des caractéristiques principales de la Conférence de consensus est la présence d’un jury composé d’acteurs de la pratique et présent tout au long du processus. Au total, c’est 18 acteurs du terrain (des enseignants, des directions d’établissement, des professionnels, des représentants du personnel de soutien, des représentants d’organisation oeuvrant en éducation, des parents et un étudiant) qui ont été sélectionnés. Bien qu’ils représentaient d’abord différentes professions, les membres du jury représentaient également différentes régions, différents milieux et divers parcours afin d’être représentatifs d’une grande diversité d’acteurs. Avant la séance publique, la lecture et l’analyse des textes produits par les experts-chercheurs leur ont permis de s’informer sur les connaissances actuelles issues de la recherche et de comprendre les différentes dimensions de la mixité sociale et scolaire en vue de la séance publique.

LA SÉANCE PUBLIQUE : UN RICHE MOMENT D’ÉCHANGE

La séance publique de la Conférence de consensus a été lancée de belle façon grâce à une présentation de M. Georges Félouzis, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève. Travaillant depuis plusieurs années sur les inégalités scolaires, sur l’analyse des politiques éducatives et leurs conséquences ainsi que sur les parcours et les apprentissages des élèves, il était la personne toute désignée pour ouvrir cet événement et mettre la table sur les principaux concepts de la thématique. Sa présentation aura également sans doute permis à plusieurs participants de réfléchir à leur propre situation en élargissant leurs connaissances sur les réalités vécues en Europe et aux États-Unis en ce qui a trait à la mixité sociale et scolaire.

Par la suite, la mixité sociale et scolaire a été abordée sous différents angles. Même si les quatre dimensions retenues sont interreliées, il s’est avéré nécessaire de les traiter séparément dans un premier temps. Ainsi la thématique a été divisée en quatre panels et traitée sous l’angle de la mixité socioéconomique, de la mixité ethnoculturelle, de la mixité des genres et de la mixité scolaire. Le déroulement de chaque panel a permis aux chercheurs d’informer le jury et l’assistance sur les connaissances actuelles issues de la recherche, et aux membres du jury de questionner les chercheurs à propos de solutions possibles et éprouvées. Un débat public tenu à la fin de la journée a permis aux participants de poser à leur tour leurs questions, et ainsi, d’enrichir le dialogue entre les acteurs du terrain et ceux de la recherche.

Des échanges pouvant mener à de vrais changements

La séance publique d’une conférence de consensus est loin d’être la conclusion du processus. En effet, la dernière étape, fort importante, est la délibération du jury en vue de formuler des recommandations pour les milieux concernés. Inspirés par de nouveaux savoirs et par leurs expériences, les membres du jury ont donc par la suite délibéré afin de formuler des recommandations pour soutenir le Québec vers des établissements plus équitables. Étendue sur deux journées, la délibération a permis des discussions riches et animées desquelles de nombreuses recommandations ont émergé.

La diffusion de ces recommandations sera effectuée lors d’une tournée des régions. Adaptée le plus possible aux différentes réalités des régions visitées, cette tournée permettra bien sûr de partager et d’expliquer les recommandations, mais il s’agira surtout d’un moment pour les acteurs des différents milieux de réfléchir, de travailler et de collaborer sur la concrétisation de ces recommandations dans leur région. L’objectif de la tournée est donc d’offrir un nouveau moment de réflexion, mais cette fois-ci, pour la mise sur pied de changements concrets et adaptés aux différents milieux qui rendront le système scolaire québécois encore plus équitable.

Pour plus d’information

 

À propos du CTREQ

Le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) a pour mission de contribuer à l’innovation et au transfert de connaissances en vue d’accroitre la réussite éducative au Québec. Il base ses actions sur les pratiques innovantes et sur les connaissances scientifiques. Les actions du CTREQ sont guidées par trois orientations : l’accroissement de la synergie entre les acteurs de la recherche, du terrain et les organisations; l’évolution des pratiques pour la réussite éducative; et la mise en valeur de l’expertise développée au Québec et ailleurs.

 

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