Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2017

Le développement durable dans les établissements d'enseignement

Un levier pour l’adoption de saines habitudes de vie

| Par Anne Gaboury, conseillère en communications et en développement durable Centre québécois de développement durable

Depuis l’adoption de la Loi sur le développement durable au Québec, en 2006, les pratiques de gestion des organisations au Québec ont fortement évolué. La responsabilité sociétale d’organisation, soit l’intégration progressive des seize principes de développement durable dans les pratiques organisationnelles, permet de minimiser l’impact de ses activités sur l’environnement et de maximiser ses retombées sur la société, y compris sur la santé et le bien-être de la population. Le 1er principe de la Loi « Santé et qualité de vie », est étroitement associé à l’adoption de saines habitudes de vie : « Les personnes, la protection de leur santé et l’amélioration de leur qualité de vie sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. » 

Au Québec, quelque 130 ministères et organismes d’État doivent produire un plan d’action de développement durable. Bien que les établissements d’enseignement ne soient pas encore assujettis à la Loi, beaucoup ont déjà emboîté le pas. Que ce soit dans le cadre d’une démarche structurée de développement durable ou par la mise en place d’initiatives écoresponsables multiples, les bonnes pratiques de développement durable permettent de créer des conditions qui favorisent la santé et le changement des comportements à même les établissements d’enseignement. Comme les élèves passent la majeure partie de leur temps dans un cadre scolaire, les initiatives de développement durable s’avèrent un levier pour l’adoption de saines habitudes de vie, qui sont essentielles à leur mieux-être, à leur plein développement et à leur réussite éducative.

Voici quelques pratiques exemplaires de développement durable contribuant à l’adoption de saines habitudes de vie dans un cadre scolaire.

La construction, la rénovation et l’entretien durables des bâtiments

Les bâtiments occupent un rôle prépondérant dans la santé et la qualité de vie de leurs utilisateurs – élèves, enseignants, etc. La conception de bâtiments dits durables vise à intégrer des considérations permettant l’amélioration de la qualité de vie, de la santé et du confort des occupants. Par exemple, la certification LEED pour les bâtiments durables intègre des caractéristiques écoresponsables touchant, notamment, la réduction de la consommation d’énergie, la diminution de la consommation d’eau, la gestion des matières résiduelles et des eaux de pluie et la qualité de l’air intérieur. La construction et la rénovation de ces bâtiments permettent ainsi d’éviter le recours à des produits qui émettent des substances nocives pour la santé humaine. L’intégration des principes de développement durable dans les pratiques d’achat dites responsables se répercute sur le choix des matériaux de construction et des produits d’entretien, tels que les nettoyants. À titre d’exemple, la Commission scolaire de la Capitale a mis en place une politique d’achat énonçant que toute nouvelle construction a l’obligation d’être certifiée LEED. Quelques établissements d’enseignement de cette commission scolaire sont d’ailleurs des bâtiments durables reconnus, dont l’école de la Grande-Hermine, toute première école primaire certifiée LEED dans l’est du Canada, en 2008, l’école primaire des Explorateurs, certifiée LEED en 2014, et la nouvelle école primaire de la Myriade, à Val-Bélair, qui sera certifiée LEED en 2017. De telles réalisations démontrent qu’il est possible de concevoir et de bâtir des établissements de qualité, bons pour la santé et l’environnement, dans le réseau scolaire québécois.

L’aménagement d’espaces verts

Autre bonne pratique de développement durable, l’aménagement d’espaces verts contribue à créer des environnements favorables à la santé, à la qualité de vie et aux saines habitudes de vie des occupants et des gens du voisinage. Le verdissement des cours d’école offre la possibilité non seulement de mettre les élèves en contact avec la nature, mais aussi d’améliorer leur sentiment de bien-être et de diminuer leur stress. Par leur démarche de développement durable, de plus en plus d’établissements d’enseignement augmentent l’accès des élèves à des espaces verts, à des aires de jeu extérieures et à des activités en plein air. Mais détrompez-vous, un espace vert ne se trouve pas nécessairement à l’extérieur! L’édifice de la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa abrite ainsi l’un des plus grands murs de biofiltration en Amérique du Nord. Composé de 2 000 plantes, ce mur végétal peut réduire la concentration de poussière, de spores et de bactéries atmosphériques dans l’air à l’intérieur du bâtiment.

L’offre responsable dans les cafétérias

Le développement durable est aussi un levier pour encourager les saines habitudes alimentaires chez les élèves. Les établissements peuvent mettre en place des pratiques d’achat responsables qui favorisent l’achat d’aliments sains, nutritifs et diversifiés, améliorant ainsi l’offre dans les cafétérias. Grâce à l’intégration progressive de critères sociaux, environnementaux et économiques dans les pratiques d’achat, ils peuvent privilégier l’acquisition de produits locaux, biologiques et équitables ou auprès de fournisseurs engagés en développement durable. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a par exemple implanté une démarche de développement durable, appuyée notamment par une politique responsable d’acquisition de biens et services. Depuis quelques années, elle intègre des critères de développement durable à ses pratiques d’achat et permet l’utilisation d’une marge préférentielle de 5% pour privilégier des fournisseurs engagés dans une démarche de développement durable. En 2016-2017, les repas servis quotidiennement à la CSDM sont composés, en grande partie, d’aliments du Québec. D’autres établissements misent sur l’implantation de jardins et instaurent des ateliers de cuisine pour sensibiliser les élèves à une alimentation saine. Les écoles primaires de la Commission scolaire des Bois-Francs ont été encouragées, en 2013-2014, à mettre en place le programme Un trésor dans mon jardin de l’organisme Jeunes pousses, qui a pour objectif de rapprocher les enfants de l’origine des aliments et de promouvoir une alimentation saine par l’aménagement d’un potager.

L’activité physique et les transports actifs

Les établissements d’enseignement s’avèrent d’excellents endroits pour favoriser la pratique d’activités physiques. Lors des récréations, de la période du dîner, des activités parascolaires ou avant et après les heures de classe, des actions en développement durable peuvent encourager les élèves à bouger et à développer de saines habitudes de vie. Le Cégep de Jonquière a mis à la disposition des étudiants et du personnel éducatif une salle de conditionnement physique munie d’appareils et d’équipements spécialisés pour leur permettre d’améliorer ou de conserver leur forme physique. Le développement durable et le transport actif vont aussi de pair. L’aménagement de sentiers de marche, de pistes cyclables et d’enclos à vélos sécuritaires ainsi que la création d’ateliers de réparation de vélos constituent des exemples d’actions liées à de bonnes pratiques de développement durable encourageant les transports actifs et les saines habitudes de vie.

L’engagement social et l’implication dans la communauté

L’engagement social et l’implication dans la communauté sont aussi des objectifs associés à une démarche de développement durable. Certaines actions peuvent aider les élèves et le personnel éducatif à développer une plus grande conscience sociale, ce qui mène très souvent vers un accomplissement de soi, un épanouissement personnel. Par exemple, des activités de bénévolat dans des résidences pour personnes âgées favorisent, entre autres, les relations intergénérationnelles et le partage des connaissances. L’école secondaire Saint-Laurent, à Montréal, organise des projets à caractère communautaire, humanitaire et spirituel qui incitent les élèves à s’impliquer dans leur milieu.

En somme, une démarche de développement durable au sein d’un établissement d’enseignement contribue à la mise en place de nombreuses initiatives qui favorisent un milieu de vie sain, une bonne santé, une saine alimentation et qui encouragent l’activité physique. D’ici à ce que le développement durable devienne un incontournable des plans stratégiques des établissements d’enseignement et des programmes pédagogiques, il peut déjà servir de levier structurant pour l’adoption de saines habitudes de vie. À vous de prendre le virage!  •

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