Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2017

Fumer par choix, vraiment ?

| Par Stéphane Boudreau, directeur général adjoint, Réseau du sport étudiant du Québec

« Toutes les dix minutes, deux adolescents canadiens s’initient au tabac. L’un deux finira par en mourir. » À la lecture de cette donnée alarmante, un sentiment de déjà-vu s’installe malheureusement en nous. Le tabac cause sans cesse des ravages et nous pourrions croire que les messages anticigarettes ont été compris par la population depuis qu’on démontre les effets dévastateurs du tabac sur la santé. Il est vrai que le tabagisme est en baisse au Québec… sauf dans une tranche de la population : les jeunes. La hausse du nombre de fumeurs âgés de 18 à 24 ans devient préoccupante; 3 fumeurs sur 10 ont entre 18 et 24 ans.

Une génération dépendante

61% des jeunes de 12 à 24 ans croient que les compagnies de tabac ont le droit de vendre leurs produits, puisque c’est au consommateur de faire un choix. Admettons qu’il s’agit plutôt d’une illusion de choix.

Les jeunes reconnaissent pourtant la culpabilité de l’industrie du tabac, qui se sert du marketing pour vendre des produits inutiles et toxiques. Toutefois, ils oublient fréquemment que la nicotine crée une forte dépendance qui anéantit la véritable liberté de cesser ou non de fumer.

Ainsi, l’industrie du tabac réussit à faire croire aux jeunes que fumer est leur décision. Il n’en est rien. Les jeunes fument par dépendance à la nicotine et non par choix.

En moyenne, les adolescents s’initient pour la première fois à la cigarette vers l’âge de 13 ans. L’accès aux produits du tabac étant difficile, la plupart cesseront de fumer. Cependant, à l’aube de l’âge adulte, les contextes sociaux ramènent la cigarette à l’avant-plan. Les jeunes ont alors une certaine indépendance financière qui leur donne la liberté d’acheter des produits du tabac sans contrainte.

Marketing détourné

L’industrie du tabac est rusée. Elle a plus d’un tour dans son sac pour vendre ses produits. Elle utilise de nombreuses astuces pour contourner les lois qui la contraignent à ne pas faire de publicité. Par exemple, les produits du tabac aromatisés aux fruits, aux sucreries ou à l’alcool ont été bannis au Québec. Or, il existe désormais des cartes de saveur qu’on insère dans son paquet de cigarettes pour que celles-ci prennent un goût sucré ou mentholé.

Qui plus est, le cinéma a su créer un imaginaire collectif lié au tabac : un inspecteur qui fume des cigarettes l’une à la suite de l’autre, une séduisante actrice qui expire un nuage de fumée ou un bandit clope au bec. Des placements de produits judicieux dans des films, des séries télévisées ou des photos de mode auront énormément d’influence sur le consommateur, comme le rapportent de nombreuses études révélant l’aspect incitatif de telles stratégies.

Quant à la cigarette électronique, son apparition récente n’a pas encore permis d’en connaître toutes les conséquences sur la santé de ses utilisateurs. Le gouvernement attend plus d’information afin de soumettre une réglementation éclairée. Toutefois, bien que les adultes se tournent souvent vers cette nouvelle technologie pour diminuer leur consommation de cigarettes, les jeunes qui l’utilisent sont six fois plus susceptibles de commencer à fumer par la suite.

Les campagnes de dénormalisation De Facto

De Facto, une initiative du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), dénonce une industrie du tabac qui engrange des milliards de dollars en vendant des produits inutiles, toxiques et mortels et en utilisant plusieurs stratégies de marketing pour recruter les nouveaux fumeurs. Une industrie qui, avec sa campagne de désinformation sur l’emballage neutre, laisse entendre que les consultations publiques à ce sujet ne sont pas légitimes et qui continue à semer la confusion dans la tête du public.

Dans sa campagne 2016, De Facto a martelé le message suivant : la dépendance à la nicotine vous tient. Changer la norme sociale est une lutte de longue haleine et demeure un combat constant contre l’industrie du tabac, qui continue à bien jouer ses cartes en relations publiques pour se dégager de la responsabilité de la mort de 50 % de ses consommateurs.

Pour plus d’informations sur les conséquences du tabagisme et pour connaître « la vérité sans filtre », rendez-vous au defacto.ca. •

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