Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2017

La sexualité : une approche globale

| Par Estelle Cazelais, sexologue, RAP Jeunesse

LA SEXUALITÉ

La sexualité humaine est un concept très large. Bien plus large que ce que nous pouvons croire. Souvent, nous pensons connaître l’essentiel, car nous savons comment les systèmes reproducteurs mâle et femelle fonctionnent ou nous sommes vaguement au courant de ce que sont les ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang). Malheureusement, mais aussi heureusement, il y a tellement plus à apprendre sur la sexualité humaine !

La sexualité étant, encore aujourd’hui, tellement tabou, il est difficile de se sentir complètement à l’aise lorsqu’on en entend parler ou qu’on veut ouvrir une discussion à son sujet. Or, malgré ces tabous et la gêne qu’elle provoque en nous, il est grandement important d’en discuter, de l’analyser, de l’approfondir et, surtout, d’y réfléchir.

Pour parler de sexualité, il faut commencer par la case départ, c’est-à-dire savoir ce qu’elle est, dans son entièreté. En définissant ce concept, il est plus facile non seulement d’apprendre à se connaître, mais aussi de reconnaître les divers enjeux que les autres vivent à travers leur sexualité.

Étant donné qu’il est difficile de comprendre ce qu’est, par exemple, une sexualité saine et épanouissante, nous nous tournons souvent vers des revues. Cependant, celles-ci nous expliquent certaines choses et nous apprennent quelques petits trucs ici et là sans vraiment nous aider à approfondir le sujet ou nous pousser à y réfléchir de façon constructive. Les médias n’étant pas toujours une bonne source d’information, il est important de trouver des ressources qui sont justes et qui tentent de mieux expliquer la sexualité. Les connaissances ou les apprentissages concernant la sexualité humaine permettent, entre autres :

  • de développer une meilleure estime de soi;
  • d’apprendre à connaître ses besoins et ses limites;
  • de briser les mythes ou les tabous liés à la sexualité;
  • de mieux accepter les différences;
  • de mieux accepter la diversité sexuelle;
  • de reconnaître ce qu’est le consentement et d’appliquer cette notion dans sa vie quotidienne;
  • de prendre des précautions pour diminuer les risques de grossesses non désirées et de transmission d’ITSS.

LES SIX DIMENSIONS DE LA SEXUALITÉ

Lorsqu’on entend parler de sexualité, il est principalement question de tout ce qui a trait aux aspects physiques ou aux rapports sexuels. Pourtant, la sexualité, ce n’est pas seulement ça ! En fait, il existe six dimensions pour la définir complètement.

La première qui nous vient souvent à l’esprit est la dimension biologique. Celle-ci englobe tout ce qui concerne le corps humain (ses transformations, ses réponses, la puberté, la génétique, la reproduction, les ITSS, la grossesse, les systèmes reproducteurs, la fertilité ou l’infertilité, etc.). Même si cette dimension est très importante lorsqu’on parle de sexualité humaine, les dimensions psychologique, cognitive, socioculturelle, affective, morale/spirituelle et religieuse sont toutes aussi influentes. La dimension psychologique comprend tout ce qui a trait à l’identité sexuelle et de genre (féminin, masculin, non-binaire, trans*), aux préférences sexuelles, à l’estime de soi, à l’érotisme, aux fantasmes, à l’intimité, à l’attachement, etc. La dimension cognitive correspond principalement à nos connaissances en matière de sexualité humaine (sur l’anatomie, le fonctionnement du corps, les ITSS, la grossesse et les méthodes contraceptives, etc.). La dimension socioculturelle regroupe tout ce que la société dans laquelle nous vivons nous dicte ou nous apprend sur la sexualité : les tabous, les mythes, les stéréotypes et les rôles sexuels, etc. La dimension affective inclut ce qui relève des émotions ou des sentiments, soit l’amour, le désir, les relations amoureuses ou amicales, etc. Finalement, la dimension morale/spirituelle et religieuse concerne tout ce qui touche nos propres valeurs, notre éthique, nos croyances, notre religion, nos principes, etc.

Bref, on doit être en mesure de concevoir que toutes ces dimensions sont omniprésentes lorsqu’on parle de sexualité. Ces dimensions ont un impact direct sur les individus. Chacun d’entre nous, ayant un développement propre à soi, sera influencé positivement et/ou négativement par certaines de ces dimensions et puisque nous sommes tous et toutes uniques, nos influences ne joueront pas de la même façon sur notre perception de la sexualité. C’est normal. Malgré que nous soyons tous et toutes différents, le respect est donc l’un des meilleurs outils à acquérir si l’on veut non seulement bien se connaître, mais aussi apprendre à reconnaître les autres. Pour cela, il faut s’instruire, réfléchir, se livrer à des introspections, déconstruire certaines idées préconçues et briser des mythes.

LA RÉFLEXION

L’introspection est souvent considérée comme un autre bon outil de départ pour vivre une sexualité saine et épanouissante. Certaines réflexions entourant notre sexualité peuvent devenir très importantes lorsque nous voulons apprendre à mieux nous connaître. Ainsi, nous pouvons être en mesure de reconnaître tant nos besoins sexuels que nos limites. Cela peut sembler simple, mais il s’agit parfois d’une tâche bien ardue. Plusieurs facteurs extérieurs, comme le travail, les études, les responsabilités, la famille ou la routine, nous empêchent trop souvent de prendre du temps pour soi. Prendre du temps pour réfléchir est souvent mis de côté et malheureusement, ce manque de réflexion par rapport à notre sexualité peut avoir des répercussions négatives sur notre vie. Par exemple, si nous ne sommes pas capables de reconnaître ce que nous désirons sur le plan sexuel, il sera bien difficile par la suite de communiquer nos besoins à notre ou nos partenaires.

Généralement, nous apprenons plus rapidement ce que nous ne voulons pas dans notre vie sexuelle. À l’intérieur de nous, nos sentiments de mal-être ou de malaise sont assez forts pour que nous demandions que certains comportements sexuels cessent, par exemple. En contrepartie, exprimer ses désirs ou ses envies à notre ou nos partenaires, c’est plus rare, car peut-être plus difficile ou plus gênant. L’équilibre entre nos limites et nos besoins est très complexe à atteindre, mais dès que nous nous y appliquons, nous prenons rapidement conscience des bienfaits que cela peut avoir sur nous ou même sur notre ou nos relations intimes.

Enfin, le respect est fondamental lorsqu’il est question de sexualité humaine. Il est essentiel de respecter non seulement ses limites et ses besoins, mais aussi ceux des autres. Lorsque notre  sexualité est empreinte de respect, nous vivons mieux et nous nous émancipons beaucoup plus. Il n’y a pas de « trucs » précis pour vivre une sexualité saine. Il faut apprendre à son rythme, réfléchir sur toutes les dimensions de sa sexualité et s’éduquer de façon adéquate à l’aide d’outils pertinents. Il faut aussi s’accorder du temps, c’est important.

Bien implanté dans la communauté nord-montréalaise depuis quinze ans, Rue Action Prévention Jeunesse, mieux connu sous l’acronyme RAP Jeunesse, est reconnu pour son leadership, son expertise et ses approches innovatrices et préventives auprès des populations vulnérables et marginalisées du nord de Montréal. L’organisme s’est donné comme mandat de venir en aide aux adolescents, aux jeunes adultes et aux adultes, principalement ceux issus des communautés culturelles et vivant des problèmes psychosociaux. Ainsi, par le biais du travail de rue, de proximité et de milieu, il intervient dans les divers milieux de vie et pose des actions de prévention et de sensibilisation. Un des cinq volets de RAP Jeunesse est l’élaboration, en partenariat avec les écoles secondaires et les organismes jeunesse, d’un plan d’action concerté. L’objectif de ce plan est d’informer, de sensibiliser et d’outiller les jeunes de 13 à 24 ans en matière d’éducation à la sexualité et de relations amoureuses saines et égalitaires.

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