Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2017

Bien manger : un rôle pour l’école ?

| Par Anne-Marie Morel, Dt. P., M. Sc. Conseillère aux politiques publiques Coalition québécoise sur la problématique du poids

La majorité des jeunes dînent à l’école. Cela représente près de 200 occasions d’apprendre à bien s’alimenter. Sans compter les cours d’éducation physique et à la santé qui abordent la saine nutrition, les activités culinaires ou de jardinage, les projets parascolaires, les sorties éducatives, les collations et même, parfois, les déjeuners consommés à l’école. En offrant des expériences positives et en développant les connaissances et les compétences des jeunes en matière d’alimentation, le milieu scolaire joue un rôle important dans l’adoption de saines habitudes alimentaires, maintenant et pour la vie.

L’environnement obésogène fait référence à l’ensemble des éléments qui incitent les Québécois à manger davantage d’aliments riches en calories, mais faibles en nutriments et à bouger moins. À titre d’exemples, notons le marketing intensif des boissons sucrées et de la malbouffe ainsi que l’abondance des points de vente de ces produits accessibles à toute heure.

L’ÉCOLE, UN MILIEU DE CHOIX

Au Québec, les maladies chroniques associées à l’obésité continuent de croître. La santé a grandement besoin de l’aide des autres secteurs pour renverser cette situation dramatique pour la société et les finances publiques. L’école est un lieu privilégié pour favoriser l’adoption et le maintien des saines habitudes de vie parce que les comportements appris dès le plus jeune âge ont davantage de chances de s’ancrer pour de bon. De plus, parce qu’il faut fréquenter l’école jusqu’à 16 ans, elle est l’unique milieu permettant d’entrer en contact avec tous les jeunes, indépendamment de leurs conditions socioéconomiques ou de leur réalité familiale. La présence de nombreux pairs et d’adultes significatifs, qui agissent comme modèles en posant des gestes positifs pour leur santé, est également un de ses atouts.

En revanche, l’école peut percevoir la promotion de la saine alimentation comme un élément de seconde importance, voire un fardeau. Pourtant, elle est une alliée, car elle contribue à rendre les élèves plus performants à l’école, et peut être un vecteur de motivation, d’appartenance et de persévérance scolaire.

LA NUTRITION, UNE ALLIÉE DE L’APPRENTISSAGE

La saine alimentation peut contribuer à garder nos jeunes sur les bancs d’école et leur donner le goût d’apprendre. D’une part, une alimentation de qualité, équilibrée et variée est associée à une meilleure performance scolaire. D’autre part, les activités alimentaires plaisent aux jeunes.

Il est possible d’enseigner et de mettre en pratique plusieurs éléments du Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) en utilisant des activités alimentaires et culinaires. Certains enseignants se servent de ces activités pour transmettre des notions associées aux compétences disciplinaires des mathématiques, des sciences et des technologies, du français, de l’univers social, de l’éducation physique et à la santé, ou même des arts. Par exemple, la planification d’un jardin implique des notions de géométrie et de biologie, alors que la cuisine regorge d’occasions d’enseigner les fractions, de convertir des mesures, de pratiquer la compréhension de texte ou de démontrer des concepts de chimie. Ces activités sont aussi utiles au développement des compétences transversales, comme se donner des méthodes de travail efficaces ou mettre en œuvre sa pensée créatrice.

Comme les jeunes apprécient les expériences alimentaires et culinaires, leur intégration dans différentes disciplines peut se révéler une stratégie favorisant la motivation. Ce type de véhicules éducatifs engage aussi les jeunes de façon très active, sollicitant souvent leurs cinq sens, ce qui peut faciliter l’apprentissage des différents savoirs. De plus, la réalisation d’une recette ou le fait de cultiver ses propres aliments, par exemple, remplissent les jeunes de fierté et contribuent à leur estime personnelle et à leur confiance en soi.

DES HABITUDES À AMÉLIORER

Chez les élèves, la consommation de légumes, de fruits et de produits laitiers est souvent insuffisante, alors que les boissons sucrées sont surconsommées. Les jeunes auraient aussi avantage à accroître leur consommation de légumineuses et de grains entiers et à réduire leurs apports de sodium (sel).

Au primaire :

Au secondaire :

  • Les deux tiers des élèves ne consomment pas le nombre minimal de portions quotidiennes de fruits et de légumes suggérées par le Guide alimentaire canadien.
  • Seulement la moitié des jeunes atteignent l’apport journalier recommandé en produits laitiers.
  • Le quart des élèves boivent des boissons sucrées quotidiennement.

DE BELLES INITIATIVES, DES DISPARITÉS ET UN SOUTIEN NÉCESSAIRE

Jusqu’en 1997, l’alimentation et la cuisine étaient enseignées dans le cadre du cours d’économie familiale, qui consacrait 25 % de son temps aux compétences alimentaires et culinaires. La saine alimentation a ensuite été intégrée dans l’axe « Santé et bien-être » des domaines généraux de formation, puis dans les cours d’éducation physique et à la santé. Comme l’inclusion de la saine alimentation est moins explicite et intensive qu’avant dans le PFEQ, on observe beaucoup de disparités entre les écoles.

Certaines écoles intègrent des activités alimentaires et culinaires en classe et dans des projets parascolaires; d’autres n’en offrent pas du tout. Pourtant, ces activités présentent de nombreux bénéfices pour la santé, notamment parce que les compétences culinaires permettent d’être moins dépendants des produits alimentaires ultra-transformés1. De plus, les enfants qui cuisinent, qui explorent les aliments ou qui jardinent sont ouverts à une plus grande variété d’aliments et semblent consommer davantage de fruits et de légumes2,3,4,5,6. Au primaire, les organismes Croquarium et Les ateliers cinq épices proposent des activités ou transmettent leur savoir-faire à l’équipe-école par des formations. Au secondaire, les brigades culinaires de La Tablée des Chefs, désormais présentes dans 80 écoles, misent sur la force du groupe comme élément d’appartenance, d’entraide et de plaisir.

Parallèlement à ces activités et projets, que l’on aurait avantage à intensifier, la politique-cadre Pour un virage santé à l’école a stimulé l’adoption de politiques alimentaires et une offre alimentaire améliorée depuis 2007. Cependant, il reste beaucoup à faire en matière d’aires de repas. Des lieux agréables, calmes et conviviaux pour dîner sont importants pour que les jeunes forgent une relation positive avec la nourriture. Au secondaire, cela jouera aussi en faveur de l’école contre la concurrence des restaurants rapides environnants. Il faut soutenir davantage le milieu scolaire. Certains organismes ont d’ailleurs émis des recommandations pour améliorer le moment des repas.

CONCLUSION

Par les modèles qu’on leur propose et les compétences qu’ils développent dès le plus jeune âge, les enfants et les adolescents deviennent plus aptes à s’adapter aux défis de notre société et à notre environnement « obésogène ». L’école a un rôle important à cet égard et le joue déjà partiellement. Néanmoins, la promotion et l’éducation relatives à une saine alimentation en milieu scolaire doivent être valorisées et mieux soutenues. L’école et toute la société obtiendront alors un excellent rendement de leurs investissements. •


La Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition Poids), une initiative parrainée par l’Association pour la santé publique du Québec, a pour mandat de revendiquer des modifications législatives et réglementaires et des politiques publiques afin de favoriser la mise en place d’environnements facilitant les saines habitudes de vie, qui contribuent à prévenir les problèmes de poids et les maladies chroniques.


1- LARSON, N. I., Perry, C. L, Story, M., Neumark-Sztainer, D. (2006). Food Preparation by Young Adults Is Associated with Better Diet Quality. JADA, 106, 2001-2007

2- BISSET, S. L., Potvin, L., Daniel, M., Paquette, M. (2008). Assessing the Impact of the Primary School-based Nutrition Intervention Petits cuistots : parents en réseaux. Repéré le 21 février 2017 au http://journal.cpha.ca/index.php/cjph/article/view/1611/1800

3- MUSTONEN, S., RANTANEN, R., TUORILA, H. (2009). Effect of sensory education on school children’s food perception: A 2-year follow-up study. Food Quality and Preference, 20 (3), 230-40

4- REVERDY, C., Schlich, P., Köster, E. P, Ginon, E., Lange, C. (2010). Effect of sensory education on food preferences in children. Food Quality and Preference, 21(7) , 794-804.

5- ROBINSON-O’BRIEN, R. (2009). Impact of Garden-Based Nutrition Intervention Programs: A Review. JADA, 109 (2), 273-80.

6- VOROBIEF, S. (2009). Programme Un trésor dans mon jardin. Synthèse des résultats d’évaluation. Repéré en ligne le 21 février 2017 au www.jeunespousses.ca/files/ssparagraph/f1325464706/jp_synthese.pdf

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