Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2017

Adolescentes et activité physique : il faut agir à l’école !

| Par Marie-Josée Cardinal, Québec en forme

L’école québécoise s’est donné comme défi de proposer aux adolescents des moyens pour que l’activité physique occupe une plus grande place dans leur vie quotidienne. Mais ce défi est d’autant plus exigeant que l’activité physique des jeunes chute de façon marquée à l’adolescence, particulièrement chez les filles. Tout au long de leur secondaire, celles-ci abandonnent graduellement les cours d’éducation physique et sont de moins en moins actives. Quand on sait qu’une jeune fille qui ne pratique pas d’activités physiques a de fortes chances d’être inactive à l’âge adulte, on comprend l’importance d’intervenir auprès des adolescentes. Mais qu’est-ce qui empêche les filles de bouger ? Comment le milieu scolaire peut-il leur redonner le goût d’être actives ? Au cours des dernières années, Québec en Forme a soutenu plusieurs études et projets visant à mieux comprendre le désintérêt des filles pour l’activité physique et, surtout, à mieux le contrer.

L’activité des adolescentes en chute libre au secondaire

Depuis le lancement, en 1998, du rapport de Kino-Québec Les filles c’est pas pareil !, les disparités dans la pratique d’activités sportives entre les filles et les garçons sont bien connues. Bien que l’écart entre les sexes tende à se rétrécir, les données les plus récentes de l’Institut national de santé publique du Québec indiquent que seulement 38 % des adolescentes sont suffisamment actives, contre 55 % des adolescents. Mais surtout, les recherches démontrent que le temps que les filles consacrent à l’activité physique a tendance à réduire comme peau de chagrin à mesure qu’elles progressent dans leur cheminement scolaire, creusant l’écart avec les garçons.

On peut parfois avoir l’impression que, pour certaines adolescentes, toutes les raisons sont bonnes pour manquer le cours d’éducation physique. Or, le dernier rapport de Kino-Québec, L’activité physique et sportive des adolescentes (2014), qui compile plusieurs recherches empiriques, démontre que si les freins à l’activité physique des filles sont multiples, des constats communs émergent des différentes études et enquêtes.

La peur de lancer ou de courir « comme une fille »

Très jeunes, dès l’école primaire, les filles se perçoivent comme moins bonnes en sport que les garçons. Même à compétences égales, ce sentiment d’incompétence vis-à-vis du sexe opposé persiste et s’intensifie à l’adolescence. Ce manque de confiance en leurs capacités découragerait bien des filles d’essayer de nouvelles activités ou des sports qu’elles perçoivent comme trop difficiles pour elles, quand il ne les amène pas tout simplement à délaisser  l’activité physique. Sois belle et ne transpire pas ! À l’adolescence, les filles accordent un grand souci à leur image corporelle et à leur apparence. Une perception négative de leur corps, la période des menstruations – qui s’accompagne parfois de crampes abdominales – et le fait de devoir se changer en vitesse, de porter des vêtements qui ne les mettent pas en valeur ou même de transpirer constituent, selon leurs propres témoignages, autant d’obstacles à la pratique de l’activité physique. La crainte d’avoir l’air un peu trop masculines ou de s’exposer aux jugements des garçons achèverait de convaincre les plus vulnérables d’entre elles de se dérober aux cours d’éducation physique et à la santé. Dans certaines communautés ethnoculturelles, des restrictions entourant le sport et la mixité des groupes peuvent également représenter un obstacle à la participation des filles.

La compétition, source de stress

Alors que les garçons perçoivent la compétition comme une source de motivation, 40 % des filles la considèrent plutôt comme une source de stress. Les plus performantes mises à part, la compétition, particulièrement avec les garçons, représente pour elles une menace et plusieurs se disent démotivées par la pression exercée par les professeurs d’éducation physique. Le choix des activités sportives, considérées par plusieurs filles comme des sports de garçons, serait aussi une embûche à la participation des adolescentes.

Des pistes d’action destinées au milieu scolaire

Les cours d’éducation physique et les activités parascolaires sont, pour de nombreuses jeunes filles, les seules occasions de pratiquer une activité physique. En ce sens, l’école joue un rôle primordial pour favoriser une participation accrue des adolescentes à des activités physiques et sportives. Il n’existe pas de solution miracle ni de recette unique pour faire bouger les filles, mais la littérature recense diverses stratégies qui ont fait leurs preuves.

Permettre aux filles de vivre des expériences positives et valorisantes

Le manque d’habiletés physiques est la première barrière évoquée par les filles. Il est donc essentiel que celles-ci acquièrent le plus tôt possible, dès l’école primaire, les habiletés motrices de base afin d’augmenter leur sentiment d’efficacité personnelle. À l’adolescence, au moment où l’estime de soi est particulièrement fragilisée chez les filles, de nombreux chercheurs insistent sur l’importance de leur faire vivre des expériences de réussite dans la pratique d’activités physiques. Professeurs, entraîneurs et bénévoles ont alors un grand rôle à jouer pour les inciter à persévérer, quelles que soient leurs capacités de départ, en les encourageant fréquemment et en fixant des objectifs réalistes. Ils doivent spécialement veiller à éviter les contextes qui pourraient devenir des sources de stigmatisation ou de préjudices. Les adolescentes sont les premières à affirmer qu’elles sont davantage prêtes à participer à des activités physiques si elles se jugent adroites et compétentes. Selon elles, leur motivation serait plus grande à l’école si les conditions sportives les favorisaient ou si l’on formait des équipes de filles et de garçons pour éviter que les plus forts jouent ensemble et délaissent les moins habiles. Les enseignants auraient ainsi avantage, lors des activités compétitives, à séparer garçons et filles ou encore à créer des groupes mixtes de même niveau de compétence. En soulignant les réussites des filles de manière plus évidente ou en émettant des rétroactions positives, ils peuvent également contribuer grandement à renforcer la confiance des adolescentes en leurs capacités et à accroître leur motivation.

Miser sur le plaisir, la participation et les interactions sociales

Comme chacun le sait, le plaisir est un facteur clé dans la pratique d’une activité physique. Chez les filles, il serait même une condition sine qua non. Or, comme le démontre l’ensemble des enquêtes, les filles n’ont pas les mêmes goûts que les garçons en matière d’activités physiques. Si les activités qui ont une composante artistique, comme la danse, les arts du cirque, le saut à la corde acrobatique, la poutre ou le tumbling, leur plaisent particulièrement, plusieurs déplorent de devoir faire des sports considérés pour les garçons et le manque de diversité des activités physiques à l’école. L’intégration de leurs intérêts et idées dans les activités ou les cours réguliers aurait ainsi une influence considérable sur leur motivation, comme en témoigne la réussite de l’école secondaire Arthur-Pigeon, à Huntingdon. Après avoir répondu à un sondage sur les activités parascolaires qui les intéressent, 62 % des adolescentes se sont inscrites aux nouveautés, parmi lesquelles la danse hip-hop et la claque (cheerleading).

La possibilité de vivre des interactions sociales ressort également clairement parmi les éléments qui favorisent la participation des filles. Pour nombre d’entre elles qui se sentent menacées par le besoin de performer, le sentiment d’appartenance au groupe, l’engagement envers les autres et le fait de pouvoir s’entraider ont un impact direct sur leur motivation et leur persévérance. De plus, en veillant à proposer des activités autant, sinon plus, participatives que compétitives, les directions d’école et les enseignants peuvent indéniablement encourager la participation des adolescentes et faire en sorte que l’activité physique et sportive devienne l’affaire de toutes les filles !

Issu d’un partenariat entre la Fondation Lucie et André Chagnon et le gouvernement du Québec, Québec en Forme a soutenu, au cours des dix dernières années, des milliers d’initiatives et de projets, à travers tout le Québec, en faveur des saines habitudes de vie des jeunes Québécois de 0 à 17 ans. Parmi cet éventail d’initiatives, on trouve Les filles dans la mire !, qui vise à valoriser la place et les réalisations des filles en activité physique et en sport, ainsi que le projet ÉquiLibre, qui a contribué à outiller les enseignants pour qu’ils mettent en place des conditions favorables au développement d’une image corporelle positive chez les jeunes. La prolongation du Fonds Québec en Forme jusqu’en 2019 permet à l’organisme de poursuivre son action en faveur de l’adoption et du maintien d’un mode de vie physiquement actif et d’une saine alimentation.

Fillactive : tes amies, ton énergie !

Toutes les recherches le montrent bien : les filles aiment faire de l’activité physique entre amies. En misant avant tout sur le plaisir de bouger entre filles dans un environnement valorisant, la fondation Fillactive veut donner aux adolescentes le goût d’adopter un mode de vie sain et actif. Depuis 2009, Fillactive offre aux écoles un programme d’entraînement non compétitif, destiné exclusivement aux filles. N’exigeant que peu de ressources de la part des écoles, ce programme clés en main, d’une durée de huit à dix semaines, prépare les adolescentes à participer au défi final : la grande course-événement de 5 ou de 10 km qui se déroule à Montréal et à Québec, dans un esprit de camaraderie. Rendu possible grâce au soutien financier de Québec en Forme, le déploiement des programmes et activités de Fillactive a déjà insufflé le goût de bouger à plus de 110 000 filles de 12 à 17 ans. Pour plus de détails sur Fillactive ou pour intégrer son programme dans une école, consultez le site  de l’organisation.


 

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