Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Juin 2016

Entrevue avec la présidente de l'ACSAQ, Jennifer Maccarone

Quelle est la recette du succès des commissions scolaires anglophones du Québec ?

| Par Propos recueillis par Caroline Lemieux attachée de presse à la FCSQ

Lors du discours de clôture du conseil général du Parti libéral du Québec, en mai dernier,  le premier ministre Philippe Couillard a déclaré qu’il souhaitait s’inspirer de ce qui se fait dans les commissions scolaires anglophones pour augmenter la réussite de tous les élèves. En effet, celles-ci ont généralement un taux de diplomation plus élevé que les commissions scolaires francophones, soit 85 % contre 77 % en moyenne.

Lorsqu’on demande à la présidente de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ), Jennifer Maccarone, ce qui explique cette bonne performance, elle croit que c’est probablement le résultat d’un sens profond de la communauté.

Pour nous, l’éducation appartient vraiment à la communauté alors tout le monde participe à la réussite des élèves. C’est vraiment responsable en grande partie de notre succès. C’est une question d’attitude, c’est ce que nous sommes. Dans ma famille, par exemple, ma mère et mon père faisaient du bénévolat dans mon école et dans la communauté. Alors, quand mon tour est venu avec mes enfants, je ne me suis même pas posé la question si j’avais le temps, je l’ai fait ! D’ailleurs, les parents utilisent toujours l’expression « mon école », et non pas « l’école de mon enfant », ce qui traduit leur sentiment d’appartenance. L’école appartient à la communauté et on y participe. Il faut dire aussi que de la part des enseignants et de la direction d’école, c’est la même mentalité, les parents sont bienvenus. Je suis sûre qu’en ce moment même il y a un parent dans chaque école, car ça fait partie de nos façons de faire. Ça compte pour beaucoup.

Mme Maccarone croit également que le fait que les commissions scolaires anglophones couvrent de vastes territoires – elles ne sont que neuf sur tout le territoire du Québec –  les incite à faire preuve de beaucoup d’efficience, d’efficacité et d’innovation. On travaille avec beaucoup moins, résume-t-elle.

Par ailleurs, le petit nombre d’élèves par classe peut favoriser d’autres mesures, comme l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). La présidente de l’ACSAQ souligne qu’en moyenne 90 % des EHDAA sont intégrés dans des classes régulières au sein des commissions scolaires anglophones.

Mme Maccarone mentionne également l’apport des centres d’apprentissage communautaires qui offrent des services aux 4 à 97 ans ainsi que la mise sur pied plus récente des « professional learning community », où les bonnes pratiques sont partagées entre partenaires pour trouver des solutions.

D’ailleurs, les parents utilisent toujours l’expression  « mon école », et non pas « l’école de mon enfant »,  ce qui traduit leur sentiment d’appartenance.

D’ailleurs, les parents utilisent toujours l’expression « mon école », et non pas « l’école de mon enfant », ce qui traduit leur sentiment d’appartenance.

La clé : le partage

des connaissances

Selon la présidente de l’ACSAQ, le meilleur moyen pour améliorer la réussite des élèves est le partage des connaissances, notamment entre la FCSQ et l’ACSAQ. Il faut créer une plateforme de partage, des moments de dialogue, insiste Jennifer Maccarone, en précisant que ce ne doit pas être des échanges à sens unique puisque les commissions scolaires francophones ont elles aussi de bonnes pratiques à partager.

Ce qui est important ce sont les élèves du Québec. Ce qui est bon pour nous doit être bon pour tout le monde. Ça nous prend donc des moments où on peut partager, par exemple sur les plans stratégiques. Comment on va les mettre en place ? Quels sont les critères ? Si les commissions scolaires francophones atteignent leur objectif de réussite, c’est bon pour nous ! (…) Il ne devrait pas y avoir de secrets, on n’est pas en compétition, on est en famille ! Je partage le territoire de ma commission scolaire avec huit commissions scolaires francophones. De savoir qu’on a réussi ensemble, qu’on a partagé nos succès et notre réussite avec d’autres commissions scolaires, ça me ferait plaisir ! Car ces élèves vont avoir un impact sur ma communauté. Nos élèves se connaissent, ils sont voisins. Nous partageons tous le même objectif, la réussite. Si les élèves réussissent mieux, c’est bénéfique pour toute la communauté.

Pour Mme Maccarone, par contre, la tendance actuelle qui consiste à vouloir imiter l’Ontario n’est pas nécessairement la bonne voie à suivre, car les deux systèmes d’éducation sont trop différents selon elle. Le Québec est distinct et son système d’éducation n’est pas le même que celui de l’Ontario. Les élèves ontariens n’ont pas à réussir un examen de français et la moyenne pour passer est de 50 %, nous autres c’est 60 %, c’est important de le mentionner. Il faut arrêter de comparer des pommes avec des bananes. Il faut plutôt comparer des pommes avec des pommes, c’est la meilleure façon de s’améliorer. Il ne faut pas s’inspirer de leur modèle, car ce n’est pas le nôtre. Les attentes sont très différentes face aux élèves et à la réussite.

Même si elles obtiennent de bons résultats, les commissions scolaires anglophones du Québec ne s’assoient pas sur leurs lauriers pour autant et souhaitent maintenant atteindre un taux de diplomation de 88 % en moyenne. Jennifer Maccarone pense que c’est possible et donne l’exemple de l’instauration de la maternelle 4 ans à temps plein en milieu défavorisé qui est un pas dans la bonne direction selon elle. D’autres avenues doivent être envisagées, comme la révision du curriculum, car il y a plusieurs chemins qui mènent à la réussite. Mais Mme Maccarone plaide également pour que le portrait de la situation de la réussite soit plus précis.

Par exemple, si un élève déménage dans une autre province, ça entre dans les statistiques de décrochage, il faut trouver une autre façon, car ça n’aide personne et ça nous donne de faux résultats. Les commissions scolaires qui sont à la frontière de l’Ontario ou d’autres provinces vivent plus particulièrement ce problème. Il faut être plus précis.

L’ACSAQ entend participer de manière constructive au rendez-vous convoqué par le ministre de l’Éducation à l’automne pour élaborer une politique nationale de la réussite éducative. Pour que l’événement soit un succès, la présidente de l’ACSAQ croit que le gouvernement doit être à l’écoute et se doter d’un plan clair et détaillé pour y arriver.

  JENNIFER MACCARONE, l’élève
Même si elle était une très bonne élève, avec le recul, Jennifer Maccarone  reconnaît qu’elle aurait pu faire plus d’efforts : j’aurais pu étudier davantage et moins procrastiner !, avoue-t-elle. N’empêche que l’éducation était valorisée dans sa famille et elle est fière d’avoir été la première chez-elle à fréquenter l’université. La présidente de l’ACSAQ garde de très bons souvenirs de ses années au primaire et au secondaire, que ce soit les amitiés nouées, la pratique du sport, apprendre les maths ou faire du mentorat. Elle décrit ainsi l’enseignant qui a fait une différence dans son cheminement : Il m’a appris plus que l’histoire ; il m’a appris que je pouvais l’écrire.
 

 


Le Savoir a profité de sa rencontre avec la présidente de l’ACSAQ pour lui demander quel bilan elle faisait de l’année qui se termine, relativement au projet de loi no 86, Loi modifiant la gouvernance et l’organisation des commissions scolaires. Jennifer Maccarone évoque d’emblée la fierté ressentie de faire partie d’une communauté unie, mais aussi les alliances que cela aura permis de créer, notamment avec la FCSQ et ses membres. Bien que la menace de l’abolition de la démocratie scolaire soit maintenant écartée, Mme Maccarone émet certaines réserves face au nouveau projet de loi déposé en fin de session parlementaire. Le projet de loi no 105 suscite des inquiétudes par rapport notamment à la répartition des ressources et aux pouvoirs que le ministre veut s’accorder. Jennifer Maccarone rappelle que l’éducation appartient à la communauté et c’est ce qu’elle répétera au gouvernement lors de la prochaine commission parlementaire.


 

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