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Réussite des élèves

Entrevue avec la présidente de la FCSQ – Dossier gouvernance : des leçons à tirer ?

Le dépôt du projet de loi no 105 par le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, le 9 juin dernier, vient clore définitivement le chapitre de l’abolition de la démocratie scolaire telle que l’avait envisagée le gouvernement avec le projet de loi no 86 déposé en décembre 2015. Après des mois d’incertitude pour le réseau scolaire, et après plusieurs semaines de consultations en commission parlementaire qui en ont révélé les grandes lacunes, le projet de loi est mort au feuilleton. Mais y a-t-il des leçons à tirer de cette expérience ? Le Savoir s’entretient avec la présidente de la FCSQ, Josée Bouchard.

Savoir : Mme Bouchard, lors du congrès de la FCSQ, il y a un an, le ministre de l’Éducation de l’époque, François Blais, a affirmé devant des centaines d’élus scolaires qu’il n’y aurait plus d’élections scolaires. Un an plus tard, Sébastien Proulx, qui est désormais ministre de l’Éducation, déclare que le gouvernement a fait le choix de s’éloigner des distractions que sont les chicanes de structures et convie les élus à un rendez-vous sur la réussite. Que s’est-il passé entre les deux ? Qu’est-ce qui a été le plus déterminant dans le changement de ton du gouvernement selon vous ?

J. Bouchard : C’est vraiment l’expression de la force d’un réseau qui s’est mobilisé. Et je pense que le fait que le réseau de l’éducation soit gouverné par des élus a aussi fait une différence, surtout si l’on compare avec ce qui s’est passé dans le réseau de la santé qui s’est aussi vu imposer un projet de loi sans consultations préalables. Mais en éducation, nous avons la force d’un réseau qui est fédéré, avec des élus qui sont les représentants de leur population. Nous avons fait la démonstration que lorsqu’on est organisé, avec un plan, et qu’on ne se laisse pas intimider, on peut y arriver. Et je l’ai répété toute l’année : tout est possible en politique ! Tout est possible en politique lorsqu’on se donne un plan de match et qu’on le suit, et c’est exactement ce que nous avons fait. Par exemple, en ralliant des gens qui n’étaient pas nécessairement près de nous, comme les groupes de femmes. Nous avons utilisé l’argument de la parité, car on sait que c’est un enjeu en politique. On a de la difficulté à atteindre la parité entre les hommes et les femmes au municipal, au provincial et au fédéral alors qu’on l’a déjà atteint au scolaire. Nous sommes allés vers les groupes de femmes et elles ont dit oui. Cela a été un des éléments de notre plan de match, tout comme la solide alliance avec nos collègues anglophones pour le maintien de la démocratie scolaire. Encore là, c’est un travail de terrain où nous sommes allés à la rencontre de nos collègues du reste du Canada. Cet appui que nous avons reçu de toutes les provinces a aussi pesé dans la balance.

Tout comme le puissant travail terrain des présidents des commissions scolaires. On ne peut pas gagner une bataille comme celle-là si l’on ne se colle pas au terrain. C’est essentiel. Les présidents sont allés à la rencontre de leurs partenaires habituels dans leur localité, maires, députés, présidents de chambre de commerce, et ont sollicité leur appui et ça a donné des résultats. Car dans le plan de match on proposait aussi des solutions. Le point de départ était le taux de participation aux élections scolaires qui était l’argument de base du gouvernement pour justifier l’abolition des élections scolaires. On a fait valoir qu’il était possible d’améliorer le taux de participation aux élections scolaires en jumelant le scrutin au municipal, comme cela se fait dans les autres provinces canadiennes et aux États-Unis. Nos alliés ont épousé cet argument-là, tout comme l’option du vote électronique, etc., et cela a été majeur. Dans notre propre réseau, il ne faut pas passer sous silence non plus l’appui des syndicats, ils nous ont tous appuyés, malgré le contexte de négociation. On a su faire la part des choses et respecter les rôles de chacun.

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Crédit photo : Clément Allard

Tout ça nous a menés à la commission parlementaire, mi-février, qui a été un véritable succès, grâce aussi à l’appui des groupes d’opposition à notre demande auprès du gouvernement d’entendre des commissions scolaires d’au moins chacune des régions du Québec. Quand on regarde tout ça a posteriori, il y a deux éléments qui ont vraiment fait une différence à travers tous les facteurs de réussite : c’est vraiment le travail qui a été mené avec les anglophones et la démonstration éloquente de nos présidents regroupés en régions qui ont fait valoir l’importance des élus scolaires dans leur milieu, souvent accompagnés de maires ou de préfets. Au terme des consultations, cela a fait une différence.

Il ne faut pas oublier que nous avons vécu tout ça en même temps que des changements de ministre : quatre ministres en moins de deux ans ! L’arrivée du ministre Proulx pendant la commission parlementaire est un autre facteur que l’on ne peut passer sous silence : un ministre qui était à l’écoute et intéressé par les interlocuteurs.

Savoir : Vous avez dit, « tout est possible en politique », mais y a-t-il un moment où vous avez vécu un certain découragement ?

J. Bouchard : Oui, il y en a eu un, c’est en décembre lorsque le ministre (NDLR : François Blais) a déposé le projet de loi no 86, car là c’était vrai. Avant, on nous l’annonçait, c’était dans le décor, mais là c’était vrai. Et jamais dans l’histoire du réseau scolaire et du Québec on avait été aussi près de l’abolition de la démocratie scolaire. Depuis quelques années, l’enjeu faisait partie des plateformes électorales des partis politiques, mais là, on avait un projet de loi. Ouf ! Ça vraiment été dur pour les troupes ! Il a fallu faire preuve d’ouverture, se doter d’un espace de discussions, mais aussi, de ralliement, de resserrement. On s’est relevé les manches et on est allés sur le terrain, tant les présidents dans leurs régions, qu’au niveau national, pour recueillir des appuis. Le creux de vague a été à son paroxysme à ce moment-là. Mais à chaque fois qu’arrivait un nouveau ministre, c’était une nouvelle possibilité pour nous de convaincre. 

Conférence de presse pour le maintien de la démocratie scolaire avec la présidente de la FCSQ, Josée Bouchard, le président de l’ACSAQ, David C. D’Aoust, le président de la FNCSF, Robert Maddix et le vice-président de l’ACCCS, Floyd Martens.

Conférence de presse pour le maintien de la démocratie scolaire avec la présidente de la FCSQ, Josée Bouchard, le président de l’ACSAQ, David C. D’Aoust, le président de la FNCSF, Robert Maddix et le vice-président de l’ACCCS, Floyd Martens.

Savoir : Au début, seule la FCSQ était invitée en commission parlementaire pour les consultations sur le projet de loi no 86, mais vous avez beaucoup insisté pour qu’un maximum de commissions scolaires soient entendues. Pourquoi était-ce important pour vous ?

J. Bouchard : C’était important pour que l’ensemble des députés puissent saisir l’apport bien tangible, bien concret, bien réel, d’avoir des représentants de la population en matière d’éducation. L’engagement des élus n’est pas le même que celui de gens qui se seraient engagés sur un conseil d’administration par exemple. Nous voulions aussi faire la démonstration de la différence entre un parent engagé sur un conseil d’établissement ou un comité de parents et un élu par la population. Mais par-dessus tout, c’était pour faire ressortir toutes les couleurs du Québec en matière d’éducation, les couleurs locales. Parce que les gens vivent des réalités très différentes étant donné que le Québec a un immense territoire, autant il y a une forte densité de population à certains endroits, à d’autres non. Et c’était une façon de démontrer que les élus avaient fait une différence dans les régions en matière d’éducation. Mais aussi de lancer le message au gouvernement de ne pas se lancer non plus dans du mur à mur.

Savoir : Avant le dépôt du projet de loi en décembre, la FCSQ semblait plutôt défendre le statu quo, mais vous avez fait une proposition pour un nouveau modèle de gouvernance en janvier, pourquoi ?

J. Bouchard : La politique, c’est l’art du compromis et là on avait l’occasion de refaire un débat. Par exemple, sur le vote des parents. C’est un débat que nous avions mené à la Fédération il y a plusieurs années, et à l’époque les membres étaient d’accord. La Fédération avait donc déjà une position favorable au droit de vote des commissaires-parents. Mais après toutes ces années, le contexte avait changé et il fallait se poser la question de nouveau. Le projet de loi a été l’occasion pour nous de démontrer le contraire de la perception véhiculée par les médias et le ministre de l’époque (NDLR : François Blais); c’est-à-dire qu’on était pour le statu quo, qu’on n’avait pas d’ouverture, que dans le fond on n’était non négociables. Très rapidement après le dépôt du projet de loi, dès le 10 décembre, nous avons réuni les présidents et les directions générales des commissions scolaires, et ensuite le conseil général de la FCSQ qui, après plusieurs heures de travail, a adopté une position unanime qui nous faisait avancer, qui démontrait notre ouverture, et surtout notre bonne foi. Puis, pour montrer que dans le fond le réseau scolaire est toujours en mouvement. Mais en même temps, il y avait une chose de non négociable dans toute cette position et c’était de conserver des élus au suffrage universel. Je dirais que ça été salvateur, car à partir de ce moment-là le ministre Blais a accepté de nous rencontrer, lui qui nous ignorait depuis des mois.

Savoir : Après les consultations en commission parlementaire, le premier ministre, Philippe Couillard, et le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ont clairement affirmé qu’ils mettaient de côté l’abolition de la démocratie scolaire. Mais la question du taux de participation aux élections scolaires n’est pas réglée, comme l’ont démontré les taux de participation aux dernières élections scolaires partielles ? Proposez-vous toujours des élections simultanées pour le prochain scrutin ou autre chose ?

J. Bouchard : La table Québec-Commissions scolaires est le lieu idéal pour discuter de ces questions et pour les prochaines élections qui vont arriver à grands pas nous allons suggérer au gouvernement de travailler en collaboration avec le Directeur général des élections du Québec (DGE) qui s’est montré ouvert, lors de sa présentation en commission parlementaire, à ce type d’élections, mais qui a précisé qu’il était difficile techniquement de penser à des élections scolaires-municipales simultanées en 2017 (NDLR : le prochain scrutin municipal aura lieu en novembre 2017 et le prochain scrutin scolaire en novembre 2018). C’est vraiment très proche et il y a un gros travail à faire, notamment au niveau des circonscriptions électorales, et on comprend ça. Par contre, le DGE a aussi proposé le vote électronique qui va être utilisé en Ontario, comme on vient de l’annoncer. Il faut discuter rapidement des avenues bien tangibles qui ne nous conduiront pas dans le même cul-de-sac. C’est important parce que la population va le décrier encore, les observateurs aussi et il y a peut-être des partis qui vont encore se servir de cela pour nous remettre en question une autre fois, malgré la démonstration faite en commission parlementaire que ce débat est stérile et qu’il sème la division. On a donc tout avantage à discuter rapidement des meilleurs moyens pour stimuler la participation électorale.

Savoir : Que pensez-vous que le gouvernement a retenu de la commission parlementaire et de tout le débat sur le projet de loi no 86 d’après vous ?

J. Bouchard : Ce qu’il a retenu, on l’a entendu à travers la déclaration du ministre. C’est que le Québec a besoin actuellement de travailler davantage, encore plus, sur la réussite, et la persévérance de tous élèves du Québec. Ce qui est ressorti aussi c’est que les compressions des dernières années ont vraiment fait mal et que si l’on veut faire partie des meilleurs systèmes d’éducation dans le monde cela exige qu’on investisse temps, énergie, et qu’on s’inspire des connaissances scientifiques et des meilleures pratiques. Mais aussi cela a fait ressortir la nécessité d’investir en éducation, et d’en faire la priorité des priorités. Et ce qui semblait bien évident – écoutez, il n’y a pas un seul intervenant qui est venu parler de l’abolition des élus, pas un qui l’a mentionné, ça c’est important ! – donc c’est que le débat de structures était un nid à chicanes et que le débat de structures ne nous menait à rien, car pendant qu’on fait cela ou qu’on est dans de grands mouvements de fusions, nos énergies ne sont pas concentrées essentiellement sur la réussite. Moi je pense que c’est ça qui est ressorti.

Savoir : Et vous, comme présidente de la FCSQ, qu’avez-vous retenu de cette aventure ?

J. Bouchard : Moi comme présidente, je dois le dire, j’ai mené la bataille de ma vie ! J’avais promis à Paul Gérin-Lajoie que j’allais défendre son héritage jusqu’au bout, que je ne lâcherais jamais. Et je suis fière d’avoir tenu le coup !  Et je suis tellement fière de nos membres, les présidents et les commissaires qui ont démontré encore une fois que leur engagement en éducation est une chose importante dans leur vie, il y a un ancrage, c’est dans leur ADN, tatoué sur le cœur ! Et ce que j’ai retenu surtout, c’est que les batailles comme celles-là, elles se mènent en solidarité, en équipe et sur le terrain. Si on n’a pas ça, on ne peut pas y arriver, car c’est trop grand. Si on n’avait pas été une Fédération, qui peut échanger, mais aussi qui avait décidé d’avoir un plan et de ne pas se laisser distraire par toutes sortes de choses et de gens qui nous disaient « c’est fait le gouvernement a déjà fait son nid », etc. Tant qu’on suit tout ça pour un capitaine de bateau, c’est important. Moi, c’est la grande leçon que je retire et que oui tout est possible en politique, surtout lorsqu’on a un idéal. Quand on s’engage en politique c’est parce qu’on veut changer les choses, défendre, faire avancer les choses… je me suis dit que mon engagement n’était pas inutile; c’est le plus beau cadeau !

Savoir : Vous venez de parler de solidarité, mais vous avez affirmé lors de votre passage en commission parlementaire que le projet de loi no 86 avait créé des tensions dans le réseau. Est-ce que les tensions sont choses du passé maintenant que le projet de loi a été mis de côté ?

J. Bouchard : En fait, le message que j’ai porté à l’Assemblée générale de la FCSQ au mois de mai c’est l’importance de regarder vers l’avant. Ça ne veut pas dire d’oublier tout ce qui s’est passé, car cela a été diviseur, il y a eu des tensions avec nos plus proches partenaires et moi je pense qu’il y a maintenant une période qu’on doit traverser que j’appelle un temps de résilience. Un temps qui est nécessaire, qui est humain. Ce qu’il faut surtout se dire tous, lorsqu’on a à travailler ensemble, c’est de nous ramener à notre engagement professionnel ou politique en éducation, c’est-à-dire la réussite de tous les élèves du Québec. Avec ça et un ministre qui assume son leadership, ça aussi c’est important, avec le respect des rôles de chacun. Le gouvernement veut réinvestir en éducation et affirme que ce qui est le plus important ce ne sont pas les structures, mais la réussite des élèves. Alors réunissons nos forces pour faire réussir le plus beau projet qu’une société peut se donner.

Savoir : Que souhaitez-vous qu’il se dégage du grand rendez-vous sur la réussite convié par le ministre à l’automne ?

J. Bouchard : Plusieurs l’ont dit, dont nous-mêmes lors de la commission parlementaire, on rêve d’une politique nationale de l’éducation, peu importe l’appellation qu’on lui donne. On sent que c’est une idée qui a été semée et qui a été porteuse de façon à se donner une vision beaucoup plus à long terme en matière d’éducation, qui dépasse les différentes élections et le parti qui arrive au pouvoir pour créer une continuité, une pérennité des investissements, etc. J’espère que c’est cela qui va ressortir. L’autre chose qui est ressortie en commission parlementaire c’est l’importance de travailler sur la base des bonnes pratiques, donc pas dans le mur à mur, de s’inspirer des succès qui existent déjà dans nos commissions scolaires, mais qui sont fondés aussi sur des données probantes, vérifiables, des études. Je dirais aussi que l’apport des chercheurs est extrêmement important, que ce soit un Institut national d’excellence en éducation comme cela a été suggéré, ou autre chose, il faut que les connaissances arrivent sur le terrain de façon plus structurée. J’espère qu’on ne tombera pas encore une fois dans l’éternel débat des demandes de ressources. On le sait qu’il faut des ressources, qu’il pourrait y en avoir beaucoup plus, mais il faut qu’on dépasse ce discours-là, c’est le souhait que j’ai : qu’il se dégage une véritable vision du système public d’éducation au Québec.

Voir la vidéo d’élus scolaires qui se sont exprimés sur les dispositions du projet de loi no 86.

 


Josée Bouchard, l’élève

Dès l’âge de 4 ans, Josée Bouchard demandait à ses parents de pouvoir aller à l’école tellement elle avait hâte d’apprendre, rappelant que la maternelle n’existait pas à cette époque. Première de classe, elle aimait toutes les matières sauf les mathématiques avoue-t-elle, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de bonnes notes. Malgré les nombreux déménagements et changements d’écoles provoqués par l’emploi de son père qui était banquier, Mme Bouchard se souvient de la fébrilité entourant tant les premiers que les derniers jours d’école. Non seulement l’éducation était valorisée par ses parents, mais ceux-ci étaient très engagés. Mes parents ont été parmi les premiers à créer des comités d’école et mon père a été président des comités d’écoles de la région de Drummondville. Josée Bouchard était elle-même très impliquée dans les activités de l’école, notamment dans le mouvement Jeunesse en marche. Quant à l’enseignant qui a marqué son parcours, il s’agit de son enseignant de français en 5e secondaire, féru de poésie et conteur à sa façon, qui savait communiquer sa passion pour la langue française, même à des adolescents.

 

 

 

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