Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2016

L'éducation au Québec

L’urgence de susciter l’audace, de cultiver la détermination et de valoriser la réussite

| Par Égide Royer, Ph. D., psychologue et professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval

Photo Égide RoyerL’un des indicateurs fiables utilisés pour déterminer l’efficacité d’un système éducatif est la proportion des élèves d’une cohorte qui obtiennent un diplôme d’études secondaires dans les temps prévus1. Au Québec, le taux de diplomation de la cohorte de 2009 (après cinq années au secondaire) est de 73,3 % pour les filles et de 61,5 % chez les garçons.2 

Après sept ans (cohorte de 2007), ce taux passe à 83 % pour les filles et à 72,5 % chez les garçons3. Ces dernières données, néanmoins, incluent les qualifications qui ne sont pas des diplômes du secondaire à proprement dit, mais plutôt des attestations décernées à des jeunes en grandes difficultés scolaires4. Les garçons reçoivent deux fois plus fréquemment ce type de qualification (5,4 %) que les filles (2,7 %)5. Soustraction faite, force est de constater qu’un garçon sur trois (1/3) et une fille sur cinq (1/5) ne possèdent aucun diplôme (d’études secondaires ou d’études professionnelles) après sept années de fréquentation du secondaire.

La situation des élèves en difficulté est encore plus préoccupante. Le taux annuel de décrocheurs (sortant sans diplôme ni qualification) chez les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) était, en 2011-2012, de 46,8 %, soit près de trois fois plus élevé que celui de l’ensemble des élèves du Québec (16,2 %)6. Nous consacrons pourtant environ deux milliards par année pour leur offrir des services particuliers : les résultats ne sont pas à la hauteur de nos efforts.

De tshutterstock_217007653oute évidence, comme le soulignait le vérificateur général dans son rapport de l’automne 2014 concernant la diplomation des moins de 20 ans, le Québec a besoin, et c’est à mon avis urgent, d’une vision intégrée et à long terme d’amélioration de la persévérance et de la réussite scolaires. Il n’y a qu’à comparer nos taux de diplomation à ceux des provinces voisines pour s’en convaincre.

Je ne suis pas le premier à faire état de cette situation. Pourtant, nous semblons au Québec, en ce qui a trait à l’échec scolaire et à la sous-scolarisation, particulièrement celle des garçons, avoir développé une tolérance à l’intolérable. Nous sommes pourtant en train de sérieusement miner notre avenir collectif.

Au-delà des mots : cinq actions nécessaires

1-    Nous devons cesser d’improviser en éducation.

Le ministère de l’Éducation doit prendre comme références dans l’élaboration de ses politiques et de ses règlements les données probantes et les pratiques exemplaires. Il doit également jouer un rôle, en cette matière, de diffusion des connaissances auprès des commissions scolaires, des écoles et des parents. C’est pourquoi, je considère nécessaire, comme l’ont déjà proposé plusieurs collègues, que soit créé un institut national en éducation7.

2-    Il est plus facile de construire des enfants forts que de réparer des adultes brisés.

La Loi sur l’instruction publique doit faire en sorte que les milieux scolaires soient dans l’obligation d’intervenir très tôt auprès des jeunes enfants qui présentent des besoins particuliers. Pour ce faire, il est nécessaire que le Ministère, les commissions scolaires et les écoles établissent des liens fonctionnels avec les institutions qui offrent des services à la petite enfance pour favoriser la prévention et l’intervention précoce, particulièrement au niveau du langage et du comportement. Enfin, nous devons permettre à tous les enfants de fréquenter la maternelle à 4 ans.

3-    La qualité d’un système éducatif ne peut être supérieure à celle de ses enseignants.

Le Québec doit augmenter les exigences académiques pour être admis en faculté d’éducation et consacrer l’enseignement comme une activité relevant d’un ordre professionnel, qui devrait en élaborer, entre autres, les normes d’exercice et de déontologie. L’obtention d’un diplôme de deuxième cycle devrait devenir obligatoire pour exercer la profession d’enseignant.

4-    Une société doit exprimer clairement des attentes élevées en ce qui a trait à la réussite scolaire et à l’importance de l’éducation.

La Loi sur l’instruction publique doit être modifiée pour rendre la fréquentation scolaire obligatoire jusqu’à 18 ans ou à l’obtention d’un des diplômes du secondaire. Pour qu’un élève puisse abandonner l’école avant cet âge, ses parents devraient faire une demande au ministre afin d’obtenir une dérogation à cet effet.

5-    Toutes les écoles doivent contribuer au développement de tous les jeunes.

La réussite scolaire des jeunes québécois doit devenir une exigence partagée, autant par les écoles privées, les écoles secondaires à projets pédagogiques particuliers que par les autres écoles publiques. Pour atteindre cet objectif, tous les élèves du secondaire, handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, doivent pouvoir fréquenter les écoles privées ou à projets pédagogiques particuliers. Des modifications à la Loi sur l’enseignement privé et aux règles de financement en adaptation scolaire sont ici nécessaires.

Les pays où les jeunes réussissent le mieux à l’école sont ceux qui, entre autres, expriment des attentes élevées, maintiennent un haut sens des responsabilités quant aux résultats et considèrent l’éducation comme l’élément le plus important de leur histoire actuelle et de leur avenir. Au Québec, il est tout à fait réaliste de concevoir qu’au moins 85 % des garçons et 90 % des filles puissent, avant l’âge de 20 ans, être détenteurs d’un des diplômes du secondaire. Pour qu’il en soit ainsi, il est essentiel que la réussite scolaire devienne, dès maintenant, le premier et le plus important chapitre de notre récit collectif.

 

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1     Ce texte reprend l’essentiel de la présentation faite en commission parlementaire le 16 février 2016, lors de l’étude du projet de loi no 86.
2    Diplomation et qualification par commission scolaire au secondaire – Édition 2015, tableau 1, page 6. Si l’on exclut les établissements privés, ces taux sont respectivement de 68,3 % pour les filles et de 55,5 % chez les garçons.
3    Diplomation et qualification par commission scolaire au secondaire – Édition 2015, tableau 1, page 6. Si l’on exclut les établissements privés, ces taux sont respectivement de 79,8 % pour les filles et de 68,1 % chez les garçons.
4    La formation préparatoire au travail, s’adresse, à titre d’exemple, aux élèves de 15 ans qui n’ont pas atteint les objectifs des programmes d’études de l’enseignement primaire dans les matières langue d’enseignement et mathématique.
5    Indicateurs de l’éducation, édition 2014, tableau 3, page 65.
6    Bulletin statistique de l’éducation, mai 2015, tableau 2, page 6.
7    Brodeur, M., Gagné, A., Gascon, H., et autres (2015). Projet de création d’un Institut national en éducation. Document de travail présenté à Monsieur François Blais, ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et ministre responsable du Loisir et du Sport.

2 avril 2016 | André Papillon
Pourquoi y a-t-il une photo d'Égide Royer en tête de l'article ? Faut-il deviner qu'il en est l'auteur ?
[…] L'urgence de susciter l'audace, de cultiver la détermination et de valoriser la réussite -…. L’un des indicateurs fiables utilisés pour déterminer l’efficacité d’un système éducatif est la proportion des élèves d’une cohorte qui obtiennent un diplôme d’études secondaires dans les temps prévus1. Au Québec, le taux de diplomation de la cohorte de 2009 (après cinq années au secondaire) est de 73,3 % pour les filles et de 61,5 % chez les garçons.2 Après sept ans (cohorte de 2007), ce taux passe à 83 % pour les filles et à 72,5 % chez les garçons3. Ces dernières données, néanmoins, incluent les qualifications qui ne sont pas des diplômes du secondaire à proprement dit, mais plutôt des attestations décernées à des jeunes en grandes difficultés scolaires4. […]