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Mars 2016

L’éducation au Québec : une mission prioritaire ?

| Par Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, Jonathan Deslauriers. directeur adjoint à HEC Montréal et Jonathan Paré, professionnel de recherche à HEC Montréal

Dans la plus récente édition de son bilan annuel Productivité et prospérité au Québec, le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal concluait que l’effort déployé pour financer le système d’éducation québécois était faible comparativement à ce qui se fait ailleurs au Canada et dans plusieurs pays de l’OCDE.

Depuis 15 ans, voire davantage, l’éducation n’a pas été traitée comme une mission prioritaire. Au lieu de financer le système d’éducation en fonction de ses besoins, le gouvernement a plutôt choisi de le financer à la hauteur de sa capacité de payer. Résultat : la croissance des dépenses budgétaires réelles par habitant 1 n’a été que de 4 % entre 2002 et 2012, soit l’une des plus faibles croissances observées parmi les 10 provinces canadiennes (Graphique 1). Les conséquences de ce retard sont telles que le gouvernement du Québec devrait injecter 1,6 milliard de dollars supplémentaires au budget de l’éducation pour ramener ses dépenses à un niveau similaire à la moyenne canadienne.

Tableau hec montreal

Quelques pistes de solution

Le gouvernement ne doit toutefois pas se contenter d’injecter des sommes de manière paramétrique pour faire de l’éducation une véritable priorité. En ce sens, deux pistes d’action ont été identifiées.

Dans un premier temps, les enfants québécois devraient être pris en charge plus rapidement dans le système d’éducation par l’entremise d’une maternelle universelle et gratuite pour les enfants de 4 ans. Alors que plusieurs pays de l’OCDE proposent un enseignement préprimaire qui s’inscrit dans le cheminement normal des études – parfois dès l’âge de 3 ans comme c’est le cas en France – l’éducation des jeunes de 4 ans est peu répandue au Québec. La province privilégie plutôt le système de garderies, administré par le ministère de la Famille, de sorte que les jeunes en âge de s’intégrer au système scolaire évoluent en parallèle du système d’éducation. Bien que les établissements affiliés au réseau des garderies soient tenus d’assurer un volet éducatif, la formation prodiguée n’est pas strictement encadrée et les jeunes ne sont pas tous outillés de la même façon lorsqu’ils font leur entrée dans le système d’éducation. Au demeurant, près du quart des enfants de 4 ans ne fréquentent pas l’un des établissements affiliés au réseau des garderies, de sorte qu’ils font leurs premiers pas dans le système public à l’âge de 5 ans. Rappelons que 98 % des enfants de 5 ans fréquentent la maternelle, un système gratuit, universel, mais non obligatoire, offert partout au Québec.

En accélérant l’arrivée des élèves dans le cheminement scolaire régulier par l’instauration d’un système de  maternelle 4 ans gratuite, universelle et non obligatoire, le gouvernement engendrerait des bénéfices  particulièrement importants pour le futur des élèves. Une prise en charge plus rapide permettrait notamment un meilleur encadrement de la formation prodiguée, accélérerait le diagnostic et la prise en charge des enfants présentant des difficultés et éliminerait un bris dans le cheminement des enfants. On peut par ailleurs penser que la prise en charge précoce des enfants dans le cheminement scolaire pourrait permettre d’améliorer la lutte au décrochage scolaire, l’idée ici étant d’agir en amont. À cet égard, l’OCDE rapporte qu’« investir dans les premières années d’éducation est particulièrement rentable dans la mesure où les résultats sont tangibles et permettent de renforcer, dans les niveaux suivants, les efforts réalisés en vue d’une meilleure équité. L’acquisition précoce de compétences et de connaissances facilite l’acquisition future de compétences et de connaissances 2 ».

Dans un deuxième temps, le Québec pourrait aller beaucoup plus loin pour lutter contre le décrochage scolaire.  Lorsqu’on analyse les façons de faire de certains pays avec lesquels on compare souvent le Québec, on constate que ceux-ci présentent de meilleurs résultats en proposant aux jeunes un plus large éventail de parcours au secondaire. La formation à vocation professionnelle est notamment mise à l’avant-plan pour retenir les étudiants les plus susceptibles de décrocher de la formation générale et les doter d’un diplôme spécialisé leur donnant accès au marché du travail. En contrepartie, des mesures coercitives sont mises en place pour réduire les possibilités de décrocher avant d’avoir obtenu un diplôme. Dans certains pays, l’éducation peut être obligatoire jusqu’à 18 ans, à moins d’avoir obtenu un diplôme avant. Les chômeurs de moins de 25 ans peuvent être tenus de suivre une formation de 18 mois pour se spécialiser. Les prestations des jeunes chômeurs peuvent également être réduites au niveau des prêts et bourses pour inciter un retour à l’école.

Soulignons en terminant l’importance de considérer le système dans son ensemble lorsqu’il est question d’éducation, non seulement parce que les décisions en amont ont des répercussions tout au long du parcours scolaire des  étudiants, mais également parce que les interconnexions qui relient l’ensemble du système font en sorte qu’une intervention ciblée peut engendrer des bénéfices substantiels à plus d’un niveau. Ainsi, en agissant en amont, on permettra au Québec de combler l’écart qui sépare la province des autres pays en matière de fréquentation et surtout de diplomation universitaire.

Pour en savoir davantage, consultez la dernière édition de Productivité et prospérité au Québec sur le site
cpp.hec.ca/.

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1    C’est-à-dire qu’on corrige les données de manière à considérer l’évolution des prix à travers le temps.
2   OCDE (2013), L’éducation aujourd’hui 2013 : la perspective de l’OCDE, Éditions OCDE.   

 

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