Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Janvier 2015

L’amélioration de l’enseignement de l’anglais, langue seconde, au primaire

Un équilibre à trouver
| Par Hélène Gaudreau, coordonnatrice, Conseil supérieur de l'éducation - helene.gaudreau@ cse.gouv.qc.ca

tites-filles-amelioration_enseignement_anglaisEn août dernier, le Conseil supérieur de l’éduca- tion rendait public un avis sur l’amélioration de l’enseignement de l’anglais, langue seconde, au primaire. Après avoir traité du statut des langues dans le monde et du contexte particulier du Québec, l’avis s’attaque à quelques idées préconçues concernant le bilinguisme et présente les conditions qui assurent l’efficacité d’un programme de langue seconde en contexte scolaire.

Ambitieux, sans viser le bilinguisme, le volet anglais, langue seconde, du Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) repose sur le développement de stratégies transférables et préconise l’enseignement des langues dans une perspective complémentaire, qui met en évidence les ressemblances et les différences dans le fonctionnement des langues. En cela, il concorde avec de nombreuses recherches qui montrent que l’apprentissage d’une autre langue ne se fait pas au détriment de la langue maternelle : au contraire, un tel apprentissage accroît la capacité de réfléchir sur le fonctionnement de sa propre langue, augmente le temps total consacré à la littératie et peut avoir des retombées positives en lecture, en analyse et en résolution de problème, et ce, pour tous les types d’élèves.

Le Conseil observe toutefois que les conditions pour un enseignement efficace de la langue  seconde ne sont pas toujours réunies : particulièrement, le temps actuellement consacré à l’anglais dans la scolarité obligatoire n’est pas suffisant et est trop dispersé pour développer les compétences aux niveaux visés. De plus, les approches pédagogiques utilisées seraient encore trop souvent centrées sur la grammaire (parfois même enseignée en français) alors qu’on devrait d’abord développer des compétences à l’oral et s’adresser aux élèves uniquement dans la langue cible.

L’enseignement intensif de l’anglais en 5e ou 6e année du primaire augmente et concentre le temps consacré à la langue seconde; il permet ainsi de remplir deux importantes conditions d’efficacité. Il convient donc d’encourager l’implantation de ce programme, en particulier dans les milieux où les occasions de contact avec la langue cible sont rares.

Le Conseil souligne cependant que, pour que ce programme porte ses fruits sans incidence négative sur les autres matières,1 certaines autres conditions doivent être remplies.

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Si les conditions d’efficacité ne sont pas réunies, en particulier les ressources humaines nécessaires, le Conseil estime cependant que l’enseignement intensif est du temps mal investi. C’est pourquoi il ne recom- mande pas au ministre de le rendre obligatoire. De plus, le Conseil a pu constater que plusieurs écoles offrent d’autres types de projets particuliers qui pourraient être compromis par une généralisation de l’anglais intensif. Plusieurs de ces écoles proposent néanmoins une bonification significative du programme d’anglais qui n’est pas la formule intensive. Ces initiatives pourraient inspirer des écoles qui veulent enrichir leur offre en anglais sans aller jusqu’au programme intensif.

carre_langue_secondePar ailleurs, dans les milieux à forte concentration d’allophones, le français est une langue seconde, voire une troisième langue, pour une majorité d’élèves. Le défi prioritaire pour les écoles concernées est de consolider la maîtrise du français. Pour ce faire, en vertu du principe d’interdépendance des langues, reconnaître la connais- sance que ces élèves ont de leur langue d’origine est une avenue prometteuse, qui leur permettrait de bénéficier pleinement des avantages cognitifs que procure l’appren- tissage de plus d’une langue.

Un pas en ce sens pourrait être de faire une place dans l’école et la classe aux langues d’origine des élèves ou à d’autres langues. Plusieurs écoles en milieu multi- lingue offrent déjà des activités d’éveil aux langues. Ces initiatives pourraient également contribuer à dévelop- per la curiosité de tous les élèves pour d’autres langues.

Pour consulter cet avis : www.cse.gouv.qc.ca.


 

1-Même si on parle généralement d’anglais intensif, ce sont les autres matières qui sont compressées dans le temps. Couvrir le programme plus rapidement implique des choix qui ne paraissent pas clairement balisés

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