Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Janvier 2015

La recherche évaluative

DE LA REDDITION À LA COMPRÉHENSION
| Par Michèle Robitaille, Ph.D, consultante en recherche - michele.robitaille@umontreal.ca

michele_robitaille-consultanteDans le contexte actuel des Conventions de partenariat favorisant la gestion par résultats, de plus en plus d’organisations mettent en place des processus de mesure d’impacts et d’évaluation. Une démarche d’évaluation peut cependant viser des buts qui vont bien au-delà de la reddition de comptes. Bien que cette dernière en soit parfois l’impulsion première. Afin guider les gestionnaires dans leur démarche d’évaluation, nous présenterons ici six catégories d’objectifs, chacune illustrée par des exemples de questions de recherche.

Une évaluation peut être de nature sommative. Dans ce cas, l’objectif est de déterminer la valeur intrinsèque d’un programme (pour la clientèle visée) ou sa valeur extrinsèque (pour la communauté en général). Il s’agit de déterminer si le projet, l’activité ou le programme est suffisamment efficace pour être reconduit. Les questions de recherche sont par exemple : Est-ce que le projet fonctionne? Rencontre-t-il les
besoins des participants? Atteint-il ses objectifs? Devrait-il être maintenu, attribuables au projet? Une évaluation sommative vise à faciliter la prise de décision concernant l’avenir d’un projet, en jugeant de sa valeur au regard des critères choisis par les parties prenantes en cause.

Une évaluation de nature formative est davantage orientée vers l’amélioration du projet que sur le juge- ment de sa valeur propre. Une telle évaluation cherche à répondre à des questions telles : Quelles sont les forces et les faiblesses du projet? Dans quelle mesure les participants progressent-ils vers les résultats attendus? Quels participants progressent mieux? Quelles ont été les difficultés d’implantation? Est-il survenu des imprévus? Comment les participants et les employés perçoivent-ils le programme? Quelles nouvelles idées ont émergé et pourraient être testées? Ces questions se posent en cours de projet plutôt qu’à la fin et permettent de l’améliorer en se basant sur une multitude de données.

L’évaluation de type reddition vise bien sûr à rendre compte de l’atteinte, ou non, des objectifs visés. Elle s’appuie sur des critères d’efficacité pour mesurer la performance d’un projet. Elle expose également dans quelle mesure un projet s’harmonise avec les standards attendus et directives énoncées. Les questions posées sont par exemple : Les fonds ont-ils été dépensés comme convenu? Les cibles atteintes? Les ressources ont-elles bien été allouées? Un mécanisme de contrôle de la qualité a-t-il été mis en place? La reddition de comptes peut bénéficier d’une approche plus compréhensive expliquant les raisons de l’atteinte ou non des résultats. 

L’évaluation peut aider au monitorage du projet, soit au contrôle en cours de route. En s’appuyant, tout comme la reddition de comptes, sur des critères de performance, l’évaluation sert ici à informer les gestionnaires qui mettent en œuvre le projet, plutôt que les bailleurs de fonds et les responsables. Des questions posées : Les processus sont-ils fluides? Quels sont les taux d’abandon? Ces taux varient-ils? Les résultats sont-ils atteints dans les délais prévus? Des obstacles surviennent-ils? Tout ceci aide à la gestion du projet et permet d’apercevoir rapidement les complications.

L’évaluation peut contribuer à la production de savoir. Il s’agit d’identifier les principes généraux d’efficacité (leçons à retenir) en procédant à l’analyse de plusieurs rapports d’évaluation portant sur des projets similaires. Des questions plus théoriques sont posées telles que : Quels modèles ou paradigmes se retrouvent dans tous les cas? Quels principes généraux d’efficacité peuvent être extraits de ces différentes évaluations? L’idée étant d’éventuelle- ment formuler une série de bonnes pratiques.

L’évaluation peut finalement viser le développement du programme ou de l’organisation afin qu’il demeure continuellement en phase avec les conditions émergentes. L’objectif n’est pas de stabiliser le projet, mais d’être en constante adaptation. Les savoirs changent, les façons de travailler changent de même que l’environnement, et une évaluation vise ici à mieux connaître le contexte, les tendances et les nouveaux enjeux dans l’optique de demeurer dynamique et à l’affût des différents systèmes en cours.

La clarification du but est essentielle au bon déroulement du processus d’évaluation. C’est pourquoi nous avons présenté brièvement les six catégories de buts visés par une démarche évaluative afin de guider les gestionnaires
et les professionnels des commissions scolaires dans leur choix de questions de recherche. Le développement d’une culture de l’évaluation gagne en popularité du fait qu’elle permet de mieux s’adapter aux conditions qui
sont en constante évolution.

Référence : Patton Quinn, Michael. Utilization-Focused Evaluation, Sage : Californie, 4e éd. 2008.

Aucun commentaire pour le moment.