Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Juin 2014

Spécial élections scolaires

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Courtiser l’électorat : un enjeu important en éducation
| Par Marie Blouin, conseillère en communications, FCSQ
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Marie Blouin
Conseillère en communications
FCSQ

Il était de passage à Québec. À notre invitation, malgré un agenda chargé, il a accepté de faire un saut à la Fédération des commissions scolaires dans le but d’accorder une entrevue au Savoir concernant les prochaines élections scolaires. C’est un analyste politique percutant qui porte une cause noble et majeure au Québec, la participation citoyenne si essentielle pour maintenir en santé toute forme de démocratie de quelque palier qu’elle soit. Il s’agit de Michel Venne (MV), directeur général de l’Institut du nouveau monde (INM).

 Que signifie la démocratie pour vous?

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Michel Venne
Directeur général
Institut du nouveau monde

(MV) La démocratie pour moi c’est l’ensemble des institutions, des mécanismes et des processus par lesquels les citoyens peuvent participer aux décisions collectives. Cela inclut la désignation de nos représentants dans les institutions représentatives, mais aussi tous les processus qui permettent aux citoyens d’être informés des décisions qui sont prises, des différentes options possibles, de s’exprimer sur des enjeux, de débattre, de discuter, de contribuer à leur mise en œuvre, voire même de contester l’ordre établi.

Pourquoi est-ce important de s’impliquer,de se présenter comme candidat aux élections scolaires?

(MV) Plusieurs raisons motivent cette décision. La première c’est pour apporter sa contribution personnelle, de mettre à profit ses talents au bénéfice de la communauté, de proposer de nouvelles idées et de représenter des milieux différents. Comme le dit un adage africain : « Le groupe t’a permis de vivre, à toi de faire vivre le groupe. » La deuxième raison qui motive l’engagement politique, c’est pour permettre l’exercice de la démocratie. Sans candidats, pas d’élections, pas de choix pour les électeurs, pas de confrontation d’idées. Plus il y a de candidats, plus cela favorise une diversité dans la représentation politique avec des femmes et des hommes d’horizons, d’âges et d’origines diverses. La troisième raison pour laquelle on devrait s’engager en politique c’est pour faire avancer des idées, lutter contre la pauvreté, le développement de notre milieu par exemple. D’autres raisons peuvent aussi motiver un candidat à se présenter aux élections scolaires comme acquérir de l’expérience en politique, entreprendre une nouvelle carrière ou tout simplement laisser un héritage, c’est-à-dire contribuer à la société de demain.

Quelles compétences particulières cela demande d’être un bon politicien ou une bonne politicienne?

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Michel Venne
Directeur général
Institut du nouveau monde

(MV) Pour être un bon politicien ou une bonne politicienne, cela demande de l’empathie, de l’écoute, des habiletés de communication, un bon jugement, une capacité de convaincre et avoir une bonne culture en général.

Pourquoi est-ce important de voter aux élections comme aux élections scolaires?

bloc-mv(MV) Par mon vote, j’exprime ce qui compte pour moi et ce qui compte pour nous! J’exprime que je fais partie d’une communauté dans laquelle l’école joue un rôle moteur. L’école nous rassemble. Nous ne sommes pas seuls. Par mon vote, j’exprime que l’école est indispensable à mon bonheur, à celui de mes enfants, de mes petits-enfants, des enfants de mes voisins, parents et amis, de ceux que j’aurai plus tard. Je leur donne l’exemple. Je dis aux enfants, par ma participation au vote, que je suis derrière eux, que je soutiens leurs efforts d’apprendre et de réussir. Que je suis fier de leurs accomplissements. Je m’aperçois que, devant l’avenir du monde, je ne suis pas impuissant et que je peux influencer le cours des choses en éducation. D’ailleurs, nous avions posé la question récemment à des électeurs dans un panel concernant les élections municipales. Parmi les raisons, les participants ont évoqué qu’ils votaient par devoir, pour exprimer leur croyance en la démocratie et leur refus de laisser n’importe qui diriger leurs destinées et pour démontrer leur sentiment d’appartenance à leur milieu.

Selon vous, pourquoi les gens votent peu aux élections , particulièrement aux élections scolaires?

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Michel Venne
Directeur général
Institut du nouveau monde

(MV) Les gens ne votent pas aux autres formes d’élections, pourquoi voteraient-ils davantage cette fois ? Ils ne font pas le lien entre la politique et leur vie quotidienne. Ils ont l’impression que, peu importe qui sera élu, rien ne changera. Ils éprouvent un sentiment d’incompétence car, pour eux, la gestion d’une organisation revêt des dimensions techniques qu’ils ne maîtrisent pas. De manière spécifique pour les commissions scolaires, certains ne votent pas parce qu’ils n’ont pas d’enfants à l’école. Je crois que c’est principalement parce qu’ils ont l’impression que l’éducation relève de Québec et que, localement, les commissions scolaires n’ont d’autres responsabilités que celles touchant l’administration. La démocratie locale a peu de poids par rapport aux décisions prises par le ministère à Québec.

Qu’est-ce que l’Institut du nouveau monde offre de particulier pour stimuler la participation électorale?

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L’Institut du nouveau monde a tenu un forum sur la démocratie scolaire en octobre 2015.

(MV) Il est vrai que, pour stimuler la participation électorale, il faut d’abord susciter la participation citoyenne, amener des gens à s’engager de toutes sortes de manières dans la société. C’est en s’engageant avec d’autres qu’on se rend compte que nous avons besoin des autres pour résoudre des problèmes qui nous dépassent comme individu. Nous faisons de l’éducation civique auprès des jeunes, par nos écoles de citoyenneté. Nous les amenons tranquillement, par les méthodes utilisées, à s’engager comme citoyens. Nous créons aussi des situations où de simples citoyens, peu habitués aux débats publics, peuvent justement débattre de grands enjeux de notre société, dans des cafés citoyens, des jurys ou des panels citoyens, des ciné-débats, des conversations de cuisine, des rendez-vous régionaux, des démarches stratégiques de longue durée, dans lesquelles on leur fournit de l’information, des occasions de débattre et de proposer des solutions. Nous accompagnons aussi des organisations comme les commissions scolaires dans des démarches de gouvernance, de participation citoyenne comme celle des élections scolaires ou d’engagement des citoyens dans des comités dans le milieu scolaire par exemple.    

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Michel Venne
Directeur général
Institut du nouveau monde

Qu’est-ce qu’il faut changer dans nos pratiques pour promouvoir l’intérêt des électeurs?

(MV) Si l’on souhaite vraiment hausser la participation électorale, principalement aux élections scolaires, il faut rendre le vote scolaire plus déterminant. Il faut que les pouvoirs des commissaires soient significatifs aux yeux des électeurs. Cela signifie que la marge d’autonomie des commissions scolaires doit être élargie. Il faut que les élus scolaires puissent prendre des décisions qui vont au-delà des choix de gestion. Il faut que l’école soit encore davantage un lieu d’animation de la communauté environnante, un lieu de rassemblement, une actrice de la vie de la communauté, qu’elle se rende utile non pas seulement pour les enfants qui la fréquentent, mais aussi pour leurs parents. Bien que l’école fasse des efforts dans cette perspective, il faut en faire plus pour changer les perceptions et rétablir la confiance que le public porte au réseau public d’éducation.

Comment pourrait-on mieux mobiliser les gens à l’éducation publique?

En en parlant d’abord. En prenant la parole. En menant des campagnes auprès des gens. En unissant les efforts et les ressources de tous les acteurs du système pour accroître l’impact de telles campagnes ou de telles démarches, de telles prises de parole. En suscitant la production et la publication de travaux de recherche et leur transfert dans les médias et auprès des parents, des citoyens, des élèves, du personnel. En animant, sur une base régulière, des débats publics sur l’école publique, sans fard ni censure, en acceptant d’aborder les questions difficiles. En étant modeste bien que confiant. En améliorant la réussite éducative. En mobilisant les communautés autour des écoles, pas seulement les acteurs scolaires. En créant des événements rassembleurs dans nos milieux.

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