Magazine Savoir FCSQ - Fédération des commissions scolaires du Québec

Mars 2014

Entrevue avec Gabriel Bran Lopez, Fondateur Fusion Jeunesse Cofondateur Robotique FIRST Québec

Pourquoi le prix Michel-Perron est le plus précieux à mes yeux?
| Par Gabriel Bran Lopez, fondateur, Fusion Jeunesse Cofondateur, Robotique FIRST Québec - gabrielbranlopez@gmail.com
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Gabriel Bran Lopez Fondateur Fusion Jeunesse Cofondateur Robotique FIRST Québec gabrielbranlopez@gmail.com

« On en a marre des conférenciers comme toi! »

Ce sont à ces mots pour le moins directs prononcés par un jeune du secondaire à la fin de ma présentation devant sa classe que je dois mon parcours, et donc le prix Michel-Perron qui m’a été décerné en novembre dernier par Réunir Réussir (R2) dans le cadre des Grandes rencontres sur la persévérance scolaire (GRPS). Je sais bien que ce n’est pas moi personnellement que l’on a récompensé avec ce prix, ni même l’équipe de Fusion Jeunesse, mais plutôt la cause qui nous anime, la persévérance scolaire. Néanmoins, aucun des prix que j’ai pu recevoir par le passé ne m’a touché autant. C’est réellement un immense honneur pour moi.

Michel Perron est à l’origine de tout le mouvement de mobilisation qui existe aujourd’hui autour de la persévérance scolaire au Québec. Il en est l’incarnation. Depuis novembre, il répète à qui veut l’entendre que je suis son fils spirituel. Je ne sais pas si j’en suis digne, mais je peux dire que, de mon côté, je le considère comme mon père spirituel. Dans un monde en constante évolution, être un entrepreneur social n’est pas facile. Parfois, on est découragé par l’ampleur de la tâche. Ce prix m’a redonné du courage pour les 10 années à venir. Et il m’aidera à ne pas oublier pourquoi je me démène comme je le fais depuis la première heure.

La première heure, c’était en 2007-2008, quand on m’avait demandé d’entreprendre une tournée dans des écoles secondaires du Québec pour inciter les jeunes à persévérer à l’école. Le revers que j’ai évoqué précédemment m’a ouvert les yeux en m’incitant, moi, à ne pas persévérer dans l’erreur et à changer ma façon d’intervenir. Ce jeune et ses camarades m’ont expliqué que ce n’était pas la qualité de ma présentation qui était en cause, mais la formule elle-même : ils savaient qu’ils ne me reverraient jamais et que mon beau discours n’aurait aucune suite. Ils m’ont ainsi montré la voie à suivre pour espérer avoir un réel impact sur le cheminement des jeunes. Il fallait s’engager concrètement dans la durée et leur procurer les outils et l’accompagnement requis pour réaliser un projet leur tenant vraiment à cœur. Et ils avaient raison.

Les jeunes voulaient des projets, les enseignants avaient besoin de ressources pour les mettre en œuvre. La solution m’est donc apparue comme une évidence. Au lieu d’envoyer des étudiants universitaires donner des conférences, j’ai pensé qu’on pouvait en embaucher et les faire travailler 15 heures par semaine auprès des jeunes. C’est ainsi que l’aventure de Fusion Jeunesse a commencé. Pour l’étudiant universitaire, c’est une expérience professionnelle enrichissante. Pour les jeunes et pour leurs enseignants, ça change tout.

De 2 à 70 écoles en 5 ans

Présent dans deux écoles en 2008-2009 grâce à l’appui initial de l’Université Concordia, mon alma mater, et de deux commissions scolaires (CSDM et EMSB), Fusion Jeunesse n’a cessé de développer des liens avec de nouveaux partenaires, dont 11 universités et 10 commissions scolaires, ce qui nous a permis, après seulement cinq ans, de travailler étroitement avec des enseignants et d’influencer positivement la jeunesse québécoise dans 70 établissements scolaires publics, aussi bien dans le Grand Montréal, qu’à Québec, à Rimouski, à Rouyn-Noranda ou encore dans les communautés autochtones de la Baie-James et du Nunavik (Cris et Inuit), où nous avons pu agir grâce notamment à l’appui de R2.

Au total, nos programmes représentent quelque 150 000 heures d’engagement direct de la part de nos coordonnateurs universitaires auprès de plus de 10 000 élèves et des investissements majeurs dans la relève québécoise. Cela dit, au fil des années, nous avons fait la preuve que la lutte pour la persévérance scolaire ne se résumait pas à une question d’argent.

La société québécoise a largement les moyens d’intervenir. En revanche, elle n’a pas les moyens de poser des gestes inefficaces, sous peine de voir les choses se dégrader au lieu de s’améliorer. Les initiatives ponctuelles, le saupoudrage et les formules préfabriquées sont des coups d’épée dans l’eau. Chaque école est différente et a des besoins différents. Autrement dit, la solution ne peut être ni imposée ni improvisée. Il faut d’abord apprendre à écouter pour pouvoir être utile et faire bouger les lignes, au risque de bousculer les vieilles façons
de faire inefficaces. L’enjeu est trop important pour qu’on accepte le statu quo.

Innover, c’est souvent déranger. Michel Perron est un père spirituel exigeant et je ferai tout ce qui est nécessaire pour ne pas le décevoir.

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